Un nouveau standard pour une industrie musicale en quête de reconnaissance
L’Afrique francophone entre dans une nouvelle ère. Depuis le 26 mai 2025, les artistes de la région peuvent faire reconnaître officiellement leurs succès grâce à Africa Music & Charts (AMC), le tout premier système de certifications musicales dédié à l’espace francophone du continent. Présenté à Abidjan, ce dispositif inédit vise à structurer l’industrie musicale locale selon des critères clairs, adaptés aux usages numériques africains.
Didi B, Fally Ipupa et Tam Sir parmi les premiers certifiés
Le principe est simple : à l’image de la Recording Industry Association of America (RIAA) ou du South African RiSA, AMC attribue des disques d’or, de platine et de diamant selon un barème d’équivalents-streams et ventes.
Côté albums, un disque d’or équivaut à 5 000 unités, contre 10 000 pour le platine et 50 000 pour le diamant. Côté singles, il faut atteindre 5 millions de streams pour l’or, 10 millions pour le platine et 30 millions pour le diamant, avec un téléchargement équivalant à 150 écoutes.
Les premières certifications ont récompensé :
• Fally Ipupa, roi de la rumba congolaise, avec 39 certifications ;
• Didi B, triple single or et album platine ;
• Himra, disque de platine pour l’édition Deluxe de Jeune & riche ;
• Tam Sir, sacré triple diamant pour Coup du marteau, l’hymne non officiel de la CAN 2024 en Côte d’Ivoire.
Même l’hymne officiel, Akwaba, porté par Magic System, Yemi Alade et Mohamed Ramadan, a décroché une certification or. Le rappeur gabonais Emma’a, le duo togolais Toofan, ou encore les Sénégalais Wally Seck et Amadeus figurent aussi dans ce premier palmarès.
Une reconnaissance attendue, taillée pour l’Afrique
Pourquoi AMC est-il si important ? Parce que jusqu’ici, aucun cadre unifié n’existait en Afrique francophone pour mesurer les performances musicales. Contrairement au Nigeria ou à l’Afrique du Sud, les artistes francophones ne bénéficiaient pas de certifications locales crédibles. AMC comble ce vide, avec des critères transparents, numériques et régionaux.
Pour A’Salfo, membre fondateur de Magic System et acteur clé du projet :
« Cette certification arrive un peu tard, mais elle est indispensable. L’Afrique francophone est devenue un marché sur lequel il faut compter. »
La valeur ajoutée du système réside aussi dans sa capacité à :
• Réunir toute la zone francophone africaine sous un même standard ;
• Reconnaître les titres récents comme les classiques anciens, à l’image de DJ Arafat, honoré à titre posthume pour Renaissance (triple platine) ;
• S’adapter aux pratiques locales, où le streaming a supplanté l’achat de CD ;
• Et surtout offrir aux artistes un levier de crédibilité dans les négociations internationales, les campagnes de promotion ou les tournées.
Un bonus majeur : AMC prépare l’intégration de G-Music Analytics, un outil de captation audio dans les lieux publics pour mesurer la diffusion réelle des titres, même hors ligne. Ce projet pilote, déjà testé au Bénin, pourrait transformer la collecte des droits d’auteur en Afrique.
Des défis techniques mais une ambition assumée
L’AMC reconnaît cependant une limite actuelle : l’impossibilité de vérifier l’authenticité des streamings. Les soupçons de vues gonflées ou achetées restent d’actualité. Mais comme le souligne la productrice Julie Mourchidi, membre du conseil professionnel :
« Ce n’est pas notre rôle. Nous analysons les données fournies, mais nous n’avons pas accès à la géolocalisation des écoutes. »
Malgré cela, AMC établit une base solide pour une industrie musicale plus lisible, équitable et ambitieuse, selon les mots de sa présidente, Diadame Diaw.
Vers une Afrique musicale unie et compétitive
Africa Music & Charts n’est pas qu’un simple système de médailles musicales : c’est un outil stratégique pour professionnaliser, fédérer et valoriser les artistes francophones d’Afrique, dans un environnement concurrentiel mondialisé.
Alors que le continent s’impose déjà comme réservoir de talents et de tendances, il était temps qu’il dispose aussi de ses propres instruments de mesure.
La Rédaction

