Propre, économique, et sans électricité : une méthode innovante venue du Limpopo change la donne dans la gestion des eaux usées.
Dans un contexte où les infrastructures d’assainissement s’effondrent sous la pression démographique et les coupures d’électricité, une innovation venue d’Afrique du Sud pourrait bien transformer durablement la gestion des eaux usées dans les zones rurales africaines : le traitement par microalgues, aussi appelé phycoremédiation. Cette solution, à la fois naturelle, autonome et à faible coût, a été testée avec succès à Motetema, une petite ville de 11 000 habitants située dans la province du Limpopo. À la tête du projet, le chercheur Paul Oberholster et son équipe ont démontré que des algues microscopiques, souvent perçues comme de simples nuisances visuelles, peuvent épurer efficacement les eaux usées sans recours à l’électricité ni à des produits chimiques.
Un problème africain de santé publique
Partout en Afrique, les eaux usées posent un problème sanitaire majeur. Faute d’entretien, de moyens ou d’accès à l’énergie, nombre de stations d’épuration dysfonctionnent ou n’existent tout simplement pas. Résultat : des millions de litres d’eaux non traitées sont déversés chaque jour dans l’environnement, mettant en danger la santé des populations et des écosystèmes. La méthode classique, fondée sur des infrastructures lourdes et coûteuses, n’est ni durable ni réaliste pour les zones rurales. C’est là qu’intervient la phycoremédiation.
Des microalgues comme purificatrices naturelles
Les scientifiques ont introduit dans les bassins de traitement deux espèces de microalgues particulièrement efficaces : Chlorella vulgaris et Chlorella protothecoides. Sélectionnées pour leur capacité à absorber les nutriments toxiques comme l’ammoniac, l’azote et le phosphore, ces algues ont agi comme de véritables filtres biologiques. Cultivées à grande échelle dans des photobioréacteurs – sortes de serres transparentes optimisées pour leur croissance –, les algues ont ensuite été injectées dans les bassins existants. En un an, les résultats ont dépassé toutes les attentes : 99 % de réduction de l’ammoniac, 83 % de réduction des orthophosphates, 73 % de réduction de l’azote total. Des niveaux de purification suffisants pour respecter les normes environnementales et permettre le rejet sécurisé des eaux dans la nature.
Un fonctionnement simple et autonome
La phycoremédiation repose sur un principe simple : les algues fournissent l’oxygène, indispensable aux bactéries aérobies qui, à leur tour, dégradent la matière organique contenue dans les eaux usées. Le système fonctionne en circuit ouvert, sans besoin d’alimentation électrique constante, ce qui le rend idéal pour des communes où le réseau est instable. Cette approche présente plusieurs atouts majeurs : faibles coûts d’installation et de fonctionnement, autonomie énergétique, adaptabilité aux infrastructures existantes, valorisation des eaux usées pour une réutilisation potentielle (irrigation, pisciculture, recharge des nappes).
Des défis techniques à maîtriser
Le projet de Motetema a tout de même rencontré quelques obstacles, révélateurs des réalités du terrain : prolifération de lentilles d’eau empêchant la lumière d’atteindre les algues, incendies saisonniers endommageant les infrastructures, pics de débit aux heures de pointe qui submergent temporairement le système, accumulation de boues réduisant l’espace de traitement. Ces problèmes techniques restent gérables avec un entretien minimal et des ajustements ponctuels, notamment par l’ajout régulier d’algues fraîches.
Une solution durable et réplicable
Avec ses étangs naturels couvrant près de 40 000 m² chacun, la phycoremédiation demande de l’espace, mais peu de ressources. Elle apparaît comme une alternative idéale pour les villes rurales disposant de terres et de soleil, deux atouts que l’Afrique ne manque pas. Son potentiel de réplication dans d’autres régions est immense. Il ne manque qu’une volonté politique claire, un soutien municipal structuré et une formation de base pour permettre à d’autres communes de s’approprier ce modèle.
Changer de regard sur les eaux usées
Au-delà de la technologie, cette méthode invite à un changement de paradigme : cesser de considérer les eaux usées comme un déchet à enfouir ou à rejeter, et les traiter comme une ressource renouvelable, capable de soutenir l’agriculture, nourrir les sols, voire alimenter les nappes phréatiques. Le cas de Motetema prouve que des solutions simples, fondées sur la nature, peuvent répondre à des défis environnementaux majeurs. L’Afrique, confrontée à une crise hydrique croissante, pourrait ainsi devenir un modèle d’assainissement durable, à condition de faire confiance à ses propres ressources – et à ses microalgues.
La Rédaction

