Dans un contexte où les entreprises mondiales multiplient leurs efforts pour compenser leurs émissions, l’Afrique est désormais au centre de l’attention sur le marché des crédits carbone. Cependant, pour que ce mécanisme profite réellement au continent, une transparence accrue et une meilleure équité sont impératives, afin d’éviter qu’il ne bénéficie essentiellement qu’aux multinationales.
Le bassin du Congo, qui s’étend sur deux millions de kilomètres carrés et traverse plusieurs pays africains, constitue l’un des plus grands puits de carbone de la planète. En absorbant plus de dioxyde de carbone qu’il n’en produit, cette vaste forêt tropicale est essentielle pour atteindre la neutralité carbone, mais elle est également au cœur des transactions de crédits carbone. Ce mécanisme permet aux entreprises de compenser leurs émissions, se dirigeant vers la neutralité carbone sans pour autant réduire leur production réelle.
Un marché structuré pour la transition
Le Voluntary Carbon Markets Integrity Initiative (VCMI), fondé en 2021, cherche à structurer ces marchés pour garantir un financement adéquat vers des projets de durabilité, d’énergie verte et de soutien aux communautés agricoles. Alors que la déforestation progresse dans le bassin du Congo, il est crucial que les fonds récoltés par ces crédits soient investis dans la protection des forêts, les énergies renouvelables et l’adaptation climatique des populations locales, offrant un levier pour stimuler l’économie africaine.
Des chiffres imposants et des risques de “Greenwashing”
La valeur de l’élimination du carbone est estimée à 770 milliards de dollars par an. En 2022, le marché réglementé des crédits carbone atteignait 865 milliards de dollars, auxquels s’ajoutent deux milliards provenant du marché volontaire. Toutefois, certaines grandes entreprises y voient un moyen d’entretenir leur image “verte” pour séduire des investisseurs sensibilisés aux questions environnementales, sans réelles actions substantielles. Cette stratégie de “greenwashing” menace la crédibilité du marché des crédits carbone, d’où l’importance de mettre en place des mécanismes rigoureux.
Controverses et défis locaux
Une étude récente a montré que, sur 26 projets REDD (réduction des émissions dues à la déforestation), seulement une minorité a démontré une réelle baisse des émissions. Les communautés locales en Afrique subissent souvent les effets de ces initiatives, notamment en RDC et au Kenya, où les paysans voient leur accès à la terre limité par des politiques de compensation carbone peu adaptées au contexte local. Cela soulève des préoccupations sur l’impact de ces projets sur les moyens de subsistance traditionnels et les droits fonciers.
Une régulation essentielle pour un marché éthique
Le Kenya, en adoptant une régulation stricte en 2024 pour encadrer son marché du carbone, montre l’exemple. Le pays impose désormais des critères stricts de transparence et de redistribution des bénéfices : 40 % des profits pour les projets sur des terres doivent revenir aux communautés locales. En parallèle, les projets non fonciers doivent allouer 25 % de leurs gains. Ce cadre vise à renforcer la confiance et à réduire les abus dans ce marché en plein essor.
Vers une transition verte authentique pour l’Afrique
Pour que le marché des crédits carbone devienne un outil de développement durable, il doit prioriser l’intégrité, le respect des communautés et une vision à long terme adaptée aux spécificités africaines. Le continent aspire à prendre en main son destin, tirant parti de ses ressources et de son capital humain pour bâtir une transition verte ancrée dans ses propres besoins, sans se soumettre aux impératifs dictés de l’extérieur.
En somme, si le marché du carbone est bien structuré, il pourrait jouer un rôle clé dans la transformation écologique de l’Afrique, offrant à la fois des bénéfices environnementaux et de nouvelles perspectives économiques.
La Rédaction

