La question de l’accès aux toilettes reste cruciale en Afrique, où des millions de personnes vivent sans installations sanitaires adaptées. À l’approche de l’objectif de “toilettes sûres pour tous d’ici 2030”, fixé par les Nations Unies, le constat est alarmant : 3,5 milliards d’individus dans le monde continuent de vivre sans installations gérées de manière sûre, dont 419 millions pratiquent encore la défécation en plein air. En Afrique, cette réalité s’accompagne de graves conséquences sanitaires et environnementales, exacerbées par les conflits, les inondations et les migrations climatiques.
Les défis de l’assainissement
Dans plusieurs pays africains comme le Nigeria, l’Éthiopie, le Burkina Faso ou le Tchad, l’absence de toilettes oblige une grande partie de la population à déféquer à l’air libre. Cette pratique expose les communautés à des maladies propagées par les excréments, notamment via la contamination des sources d’eau. En conséquence, les infections d’origine hydrique touchent non seulement les humains, mais aussi le bétail, aggravant les risques de résistance aux antibiotiques.
Les épidémies de choléra illustrent les dangers de cette crise. Sur la dernière décennie, près de 20 pays africains ont enregistré des flambées meurtrières de cette maladie. Les populations les plus vulnérables se trouvent dans des camps de déplacés, des zones inondées ou des quartiers précaires où les infrastructures sanitaires sont inexistantes. Au Nigeria, par exemple, les systèmes de drainage défectueux et l’insuffisance des toilettes publiques aggravent la situation sanitaire, avec des résidents qui identifient l’accès aux toilettes comme une priorité, parfois plus urgente que les effets de la pollution pétrolière.
Des solutions qui tardent à se concrétiser
Face à cette crise, des alternatives émergent, mais leur mise en œuvre reste conditionnée par des investissements publics et une volonté politique accrue. Les toilettes sèches, comme celles à séparation d’urine ou à compost, apparaissent comme des options viables dans les contextes où l’eau est rare. Ces technologies permettent de transformer les déchets en engrais tout en limitant les besoins en infrastructures coûteuses.
En Afrique du Sud, où seulement 65 % des habitants ont accès à des toilettes à chasse d’eau, les systèmes d’assainissement traditionnels sont au bord de l’effondrement après des années de sous-investissement. La recherche sur des installations sans égouts gagne en pertinence, promettant des solutions adaptées aux zones urbaines densément peuplées.
Repenser l’assainissement pour une Afrique en meilleure santé
Pour répondre à la crise sanitaire provoquée par le manque de toilettes, il est essentiel de prioriser des politiques inclusives, combinant éducation, innovation et investissement dans les infrastructures. Les solutions ne pourront réussir qu’en intégrant les réalités climatiques et sociales du continent, tout en garantissant l’accès à des services de base essentiels pour préserver la dignité et la santé de tous.
Ce combat pour l’assainissement est aussi un levier crucial pour atteindre d’autres objectifs, comme la lutte contre les maladies hydriques, la protection des ressources naturelles et l’amélioration des conditions de vie des communautés les plus marginalisées. L’urgence est là : l’Afrique doit faire des toilettes une priorité pour bâtir un avenir plus sain.
La Rédaction

