La révolution silencieuse du numérique financier atteint un sommet inédit. En 2024, le continent a franchi deux seuils symboliques : plus d’un milliard de portefeuilles d’argent mobile enregistrés et 1 000 milliards de dollars de transactions réalisées en une seule année. Ces chiffres confirment l’Afrique comme le cœur mondial de l’argent mobile.
D’après le rapport 2024 de la GSMA, l’Afrique concentre 53 % des comptes d’argent mobile actifs dans le monde et 56 % des utilisateurs actifs mensuels. En quatre ans, le nombre de comptes a doublé, traduisant une adoption massive et durable. 286 millions d’utilisateurs ont effectué une transaction au cours des 30 derniers jours, signe d’un usage quotidien profondément enraciné.
L’Afrique subsaharienne en locomotive, le nord en plein décollage
Les 81 milliards de transactions enregistrées en 2024 ont été traitées par 178 services différents. L’Afrique subsaharienne demeure l’épicentre de cette dynamique. En 2023, l’argent mobile a contribué à 190 milliards de dollars au PIB du continent, contre 150 milliards en 2022.
Des opérateurs comme Safaricom, au Kenya, continuent de dominer le marché. M-Pesa, son service phare, représente 42 % de ses revenus et a franchi à lui seul le cap du milliard de dollars en 2024.
Mais la nouveauté, c’est l’éveil rapide de l’Afrique du Nord. En Égypte, Vodafone Cash a vu son nombre d’utilisateurs croître de 50 % et ses revenus doubler. Le Maroc devrait suivre cette trajectoire dès 2025 grâce à de nouvelles réglementations attendues d’ici la fin de l’année.
Un marché en transition : vers la maturité ou la diversification ?
Si la croissance reste forte, le rythme d’acquisition de nouveaux utilisateurs actifs ralentit depuis 2021. Les analystes évoquent une phase de maturité, marquée par un éventuel sur-enrôlement ou par un glissement vers des services bancaires formels.
Pour maintenir l’élan, les opérateurs doivent désormais miser sur l’innovation produit, l’amélioration de l’expérience utilisateur et des alliances stratégiques avec les fintechs et les banques. L’inclusion financière dans les zones rurales ou marginalisées reste un chantier prioritaire. L’avenir passera par l’interopérabilité, la sécurité des données et une réduction des coûts de transaction.
Une finance populaire au service de la souveraineté africaine
Loin des circuits traditionnels, l’argent mobile s’est imposé comme une finance du quotidien : simple, rapide, accessible. Il permet aux commerçants, agriculteurs, diasporas et familles rurales de participer pleinement à l’économie formelle. En connectant les populations aux services financiers de base, il redéfinit les contours de la souveraineté économique du continent.
En 2024, ce sont les poches connectées des Africains, bien plus que les banques traditionnelles, qui portent la transformation du continent.
La Rédaction

