Planter des arbres ou restaurer une forêt ne garantit pas toujours une diminution de la déforestation. Une vaste étude menée dans 27 pays d’Afrique subsaharienne révèle que certains programmes réduisent efficacement la disparition du couvert arboré, tandis que d’autres s’accompagnent de pertes supplémentaires, parfois jusque dans les territoires voisins. Une découverte qui interroge l’efficacité des politiques de reboisement et la crédibilité des projets carbone.
Restaurer une forêt ne consiste pas uniquement à faire repousser des arbres sur une parcelle dégradée. Encore faut-il s’assurer que les activités responsables de leur disparition ne se déplacent pas ailleurs. C’est précisément ce que révèle une étude publiée le 30 septembre 2026 dans la revue scientifique Nature Sustainability, consacrée aux effets réels des programmes de restauration forestière en Afrique subsaharienne.
Les chercheurs ont analysé près de 130 000 zones de restauration, représentant 6,8 millions d’hectares dans 27 pays. En croisant les observations satellitaires avec des territoires comparables, ils ont évalué l’évolution du couvert arboré à l’intérieur des projets, mais également dans leur environnement immédiat.
Des résultats très différents selon les méthodes
L’étude met en évidence des écarts considérables entre les approches de restauration. La régénération naturelle, qui favorise le retour spontané de la végétation, et certaines interventions actives permettent de réduire la perte d’arbres jusqu’à 9,1 points de pourcentage après dix ans. Leurs effets bénéfiques peuvent également s’étendre jusqu’à dix kilomètres autour des zones restaurées.
À l’inverse, les projets classés comme agroforestiers présentent, dans l’échantillon étudié, une augmentation de la perte de couvert arboré pouvant atteindre 7,9 points dans les parcelles concernées et 7,5 points dans les territoires voisins.
Ces résultats ne signifient pas que l’agroforesterie entraîne systématiquement la déforestation. Ils montrent surtout que les performances environnementales dépendent des pratiques agricoles, des pressions foncières et des conditions locales.
Quand la protection déplace la pression forestière
Ce phénomène est connu sous le nom de « fuite » de déforestation. Lorsqu’une zone devient protégée ou fait l’objet d’un programme de restauration, certaines activités agricoles ou exploitations du bois peuvent être transférées vers d’autres espaces.
Une parcelle peut ainsi afficher un bilan favorable sans que la pression globale sur les forêts ait réellement diminué. L’étude relève notamment des effets de déplacement dans certains territoires du Ghana et de la République démocratique du Congo, tandis que plusieurs programmes au Kenya et en Tanzanie présentent des résultats plus encourageants.
Cette distinction est fondamentale pour les politiques environnementales africaines. Mesurer uniquement le nombre d’arbres plantés ou les hectares restaurés ne suffit pas à établir qu’un programme contribue réellement à préserver les écosystèmes.
Les projets carbone face à l’exigence de résultats
Les conclusions concernent directement les initiatives de reboisement financées par les États, les partenaires internationaux et les marchés volontaires du carbone.
Lorsqu’un projet revendique des bénéfices climatiques, son évaluation doit intégrer les pertes éventuelles de couvert arboré dans les territoires voisins. Autrement, les gains affichés risquent de surestimer les bénéfices environnementaux réels.
Les chercheurs reconnaissent néanmoins plusieurs limites : les images satellitaires ne détectent pas toutes les petites coupes et les méthodes statistiques ne permettent pas d’écarter entièrement les différences entre territoires. Les conséquences sociales et foncières restent également insuffisamment documentées.
Pour l’Afrique, cette étude invite à dépasser une logique fondée sur les superficies restaurées. Le véritable succès d’un programme forestier ne se mesure pas seulement aux arbres qui repoussent dans son périmètre, mais aussi à ceux qui continuent de vivre au-delà de ses frontières.
La Rédaction
Sources : Nature Sustainability, 30 septembre 2026, étude sur les effets directs et indirects des programmes de restauration forestière dans 27 pays d’Afrique subsaharienne ; données satellitaires de couvert arboré, période d’observation des projets étudiés.
Référence scientifique : Consulter l’étude originale dans Nature Sustainability

