La cuisine ne se limite plus à l’assiette. À Dakar, lors de la septième édition du CMD Food Tour, plusieurs voix diplomatiques africaines ont appelé à faire de la diplomatie culinaire un véritable moteur de développement. Une vision ambitieuse : ancrer la gastronomie dans les politiques économiques, agricoles et culturelles du continent.
Lier agriculture, identité et compétitivité
« En intégrant le tourisme gastronomique dans nos stratégies de développement, nous pourrons non seulement promouvoir nos produits locaux, mais aussi encourager des pratiques agricoles durables », a déclaré Emma Henewah Mensah, ambassadrice du Ghana au Sénégal. Cette déclaration ouvre une perspective nouvelle : faire converger traditions culinaires, innovation agricole et exportation stratégique.
Pour Mme Mensah, l’innovation est indispensable à la transformation des produits africains selon les exigences du marché international. Mais elle voit plus loin : cette démarche permettrait aussi d’ouvrir des débouchés aux jeunes, aux femmes et aux communautés rurales, tout en stimulant une production de qualité ancrée dans les terroirs.
Face à la mondialisation, protéger les savoirs
Jean Koe Ntonga, ambassadeur du Cameroun et doyen du corps diplomatique à Dakar, alerte sur la disparition progressive de recettes et de techniques culinaires traditionnelles. La diplomatie culinaire devient alors un rempart face à l’érosion culturelle : préserver, documenter, transmettre.
L’Agence sénégalaise de promotion touristique (ASPT) l’a bien compris. Son secrétaire général, El Hadji Malick Mbaye, a annoncé un travail de codification du thiébou dieun (riz au poisson), plat emblématique du Sénégal. Une manière de faire entrer les recettes dans la mémoire officielle, comme des fragments de patrimoine vivant.
Une vision continentale pour une gastronomie unie
Au-delà des saveurs, le CMD Food Tour 2025 est un appel à l’unité. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) y est vue comme un levier pour renforcer le commerce agroalimentaire intra-africain. L’idée : créer de grandes unités de transformation, structurer un marché commun, et faire émerger une offre compétitive portée par les produits du continent.
La diversité culinaire, mise en valeur à Dakar par les délégations du Bénin, du Ghana, de la Namibie, du Nigeria et du Sénégal, est perçue comme un langage commun. « Chaque plat raconte une histoire et célèbre notre patrimoine », a rappelé l’ambassadrice ghanéenne. En liant gastronomie, culture et diplomatie, l’Afrique projette une image plus unifiée et plus dynamique.
Une plateforme pour l’entrepreneuriat féminin
Cette ambition se traduit aussi dans le soutien aux femmes entrepreneures. Le CMD Food Tour s’achèvera par une soirée de gala récompensant des initiatives dans les domaines de l’innovation durable, de la croissance d’entreprise, de l’impact communautaire et de l’excellence produit. La reine Ashley Afolasade Adeyeye-Ogunwusi, militante du patrimoine africain, a honoré l’évènement de sa présence, marquant ainsi l’importance symbolique et politique de cette dynamique.
Des fourneaux aux forums : la cuisine comme levier d’avenir
Plus qu’un simple festival culinaire, le CMD Food Tour affirme que la cuisine peut devenir un outil diplomatique, économique et identitaire. De la codification des plats à la structuration des filières, de la transmission aux échanges culturels, les États africains sont invités à miser sur leurs saveurs comme autant de cartes maîtresses d’un développement souverain, durable et partagé.
La Rédaction

