Des centaines d’organisations africaines suspendent leurs programmes faute de financements, mettant en péril des décennies de progrès pour les droits des femmes.
Les chiffres sont alarmants. Selon le nouveau rapport d’ONU Femmes En danger et sous-financées, plus d’un tiers des organisations engagées dans la lutte contre les violences faites aux femmes ont été contraintes d’arrêter ou de suspendre leurs activités. Sur tout le continent africain, des associations, souvent en première ligne dans les villages, les quartiers et les refuges, voient leurs moyens fondre sous l’effet des coupes d’aides internationales et de la raréfaction des subventions nationales.
Un recul dramatique pour les survivantes
Dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et de l’Est, des centres d’écoute ont fermé, des lignes d’urgence ont cessé de fonctionner et des refuges ont été vidés faute de ressources. Derrière ces chiffres, des vies sont en suspens : des femmes privées d’assistance juridique, de soutien psychologique ou même d’un simple abri.
D’après le rapport, 78 % des organisations interrogées constatent une baisse d’accès aux services essentiels pour les survivantes, tandis que 59 % notent une hausse de l’impunité. Ce recul des structures locales coïncide avec une banalisation inquiétante de la violence, souvent reléguée au rang de fatalité sociale.
Une crise structurelle du financement
Le cœur du problème réside dans la dépendance chronique aux fonds extérieurs. Beaucoup d’organisations de femmes africaines reposent sur des financements internationaux, aujourd’hui en forte baisse. Les priorités des bailleurs évoluent, les crises se multiplient, et les ressources se dispersent. Résultat : les programmes de prévention, souvent les plus fragiles, sont sacrifiés au profit d’une simple gestion d’urgence.
Certaines associations, en Afrique australe notamment, ont dû réduire leur personnel de moitié. D’autres n’ont plus les moyens de maintenir leurs campagnes de sensibilisation, essentielles pour faire évoluer les mentalités et renforcer l’autonomie des femmes.
Des défenseures de plus en plus exposées
La situation n’est pas seulement économique. Elle devient politique. Dans un pays sur quatre, les reculs des droits des femmes s’accompagnent d’une montée des discours conservateurs et d’attaques contre les militantes. Plus de la moitié des organisations interrogées craignent pour la sécurité des défenseures des droits humains, souvent harcelées, menacées ou censurées.
Appel à un sursaut collectif
Pour Kalliopi Mingeirou, cheffe de la section « Élimination des violences faites aux femmes » à ONU Femmes, « il est urgent de sanctuariser les financements dédiés aux organisations féministes locales ». Elle plaide pour des mécanismes de financement plus souples, directs et durables. Sans cela, avertit-elle, les acquis obtenus depuis la Déclaration de Beijing en 1995 risquent de s’effondrer.
L’Afrique face à son choix
Le continent africain se trouve à un tournant : investir dans les femmes ou assister à un retour en arrière historique. Car la lutte contre les violences n’est pas qu’une question de droits humains ; elle est aussi un enjeu de développement, de stabilité sociale et de justice.
Protéger les femmes, c’est renforcer le socle même des sociétés africaines.
La Rédaction

