Comprendre la notice rouge
La notice rouge d’Interpol est un outil international destiné à signaler qu’une personne recherchée pour des crimes graves pourrait se trouver à l’étranger. Elle facilite l’arrestation et l’extradition, mais n’a pas valeur de mandat d’arrêt automatique. Conçue pour coopérer entre forces de l’ordre et traduire les criminels dangereux en justice, son usage peut être détourné à des fins politiques lorsqu’elle est émise sur la base d’accusations fragiles ou fabriquées.
Sénégal et Madagascar au cœur d’une polémique
Depuis octobre 2025, le Sénégalais Madiambal Diagne et le Malgache Mamy Ravatomanga se trouvent sous le coup de notices rouges d’Interpol pour des accusations de corruption. Tous deux sont des figures influentes et très médiatisées dans leurs pays, et leur situation illustre une tendance préoccupante : l’usage de la notice rouge comme moyen de pression politique.
À Dakar, Diagne est un critique régulier du gouvernement du Premier ministre Ousmane Sonko et dirige un groupe de presse important. À Antananarivo, Ravatomanga est lié à l’ancien régime renversé récemment par un coup d’État militaire. Dans les deux cas, l’émission de notices rouges semble davantage motivée par des objectifs politiques que par la lutte contre la criminalité.
Les limites structurelles du système
Les demandes de notice rouge exigent peu de preuves et sont peu contrôlées par Interpol. Une fois émises, elles sont difficiles à contester et restreignent sévèrement la liberté de déplacement, l’accès aux comptes bancaires et aux visas des personnes ciblées. Dans certains pays, des extraditions peuvent se faire vers des juridictions où le procès équitable n’est pas garanti.
À l’échelle mondiale, des États comme la Russie, la Chine ou la Syrie ont déjà utilisé les notices rouges pour réduire au silence des opposants ou des critiques, illustrant le potentiel de dérive de ce système. En Afrique, le Rwanda a été pointé du doigt pour des pratiques similaires, créant un précédent suivi désormais par d’autres gouvernements.
Une tendance inquiétante pour le continent
Les cas de Diagne et Ravatomanga révèlent que la notice rouge, censée servir la justice internationale, devient un instrument de coercition. La combinaison d’accusations financières et de motivations politiques permet aux États de faire pression sur des figures influentes, transformant l’outil judiciaire en moyen d’intimidation et de contrôle.
Cette dérive menace non seulement les individus visés, mais fragilise aussi la crédibilité et l’efficacité du système d’Interpol sur le continent africain.
Vers une réforme urgente
Pour éviter que la notice rouge ne devienne un instrument de répression généralisée, Interpol doit renforcer les critères de preuve, examiner plus rigoureusement les demandes et créer des mécanismes de recours plus efficaces. Sans ces changements, les abus se multiplieront, mettant en péril la coopération policière internationale et les droits fondamentaux des personnes ciblées.
La Rédaction

