En Afrique, l’économie de la seconde main, notamment dans le secteur textile, est bien plus qu’une simple alternative écologique. Elle s’impose comme un pilier socio-économique, contribuant à la survie de nombreuses familles et stabilisant une économie informelle omniprésente. Edem d’Almeida, entrepreneur togolais et président de l’ONG Moi Jeu Tri, partage une analyse claire et percutante sur les dynamiques de ce marché.
Une économie de nécessité
L’économie de la seconde main a pris son essor en Afrique de l’Ouest dans les années 1990, portée par des entrepreneurs locaux. Cependant, avec le temps, elle est devenue un refuge pour des millions de personnes en quête de subsistance. Cette économie informelle, que d’Almeida qualifie d’« économie de la pauvreté », dépasse le cadre écologique : elle joue un rôle crucial dans la paix sociale, offrant des revenus à ceux qui n’ont d’autre choix que d’y participer.
Limiter la dépendance humanitaire
Edem d’Almeida critique les initiatives axées sur l’aide humanitaire, estimant qu’elles entretiennent une dépendance qui freine le développement local. Selon lui, il faut privilégier une coopération économique équilibrée, où la gestion des déchets devient une opportunité de création d’emplois et de revenus. « Les solutions doivent venir d’ici, adaptées à notre contexte, et non importées sans réflexion », insiste-t-il.
Les défis de la seconde main
Malgré son rôle vital, ce secteur est confronté à de nombreux problèmes. Une part importante des vêtements importés est inutilisable, souvent inadaptée au climat ou aux besoins locaux. Cela engendre une accumulation de déchets difficilement gérables. D’Almeida plaide pour des filières locales de recyclage et de valorisation, permettant de transformer ces textiles en ressources économiques plutôt qu’en fardeaux.
Un marché en mutation
Avec l’émergence d’une classe moyenne africaine, les habitudes de consommation évoluent. Les produits neufs, souvent importés à bas coût de Chine ou de Turquie, gagnent du terrain au détriment de la seconde main. Ce changement pourrait, à terme, transformer radicalement le paysage de ce marché, voire le rendre obsolète dans certaines régions.
Construire un modèle durable
Pour accompagner cette transition, d’Almeida propose de miser sur des partenariats d’affaires directs entre entreprises locales et internationales. Il appelle également à un investissement dans la formation, l’éducation et l’innovation, afin de bâtir des compétences locales capables de répondre aux défis spécifiques du recyclage textile.
L’économie de la seconde main en Afrique illustre une réalité complexe : loin d’être uniquement une réponse aux enjeux environnementaux, elle est un levier indispensable pour l’équilibre social et économique du continent. Pour qu’elle devienne une véritable opportunité de développement, il est essentiel d’en repenser les modèles, en plaçant les acteurs locaux au cœur des solutions.
La Rédaction

