La décision de Banjul apparaît à la fois comme un geste humanitaire et une prise de position mesurée dans une crise politique qui secoue le Cameroun. Depuis le 7 novembre, la Gambie accueille l’opposant Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre devenu figure majeure de la contestation postélectorale.
Il affirme avoir remporté la présidentielle du 12 octobre face à Paul Biya, 92 ans, officiellement réélu avec 53,66% des voix pour un huitième mandat. Contestant la légitimité de ce résultat, Tchiroma assure incarner la véritable volonté populaire et déclarait encore à la veille de l’investiture de M. Biya qu’« il y a deux présidents désormais ».
Sur le terrain, ses prises de parole ont alimenté des protestations sporadiques à travers le pays. Quelques centaines de jeunes se sont mobilisées dans plusieurs villes, avant d’être dispersées par une répression qualifiée de brutale. Le gouvernement camerounais a reconnu des « pertes en vies humaines » sans fournir de bilan ni de précisions. De son côté, Human Rights Watch dénonce l’usage de la « force létale » ainsi que des arrestations massives de manifestants.
Face à la montée des tensions, la Gambie explique avoir agi pour « raisons humanitaires » et pour « assurer sa sécurité pendant que les discussions se poursuivent afin de trouver une résolution pacifique et diplomatique ». Banjul assure toutefois que son territoire ne sera pas utilisé pour des activités subversives visant un État tiers, un message destiné à rassurer les capitales voisines.
Issa Tchiroma continue depuis son exil à appeler ses partisans à défendre ce qu’il présente comme une victoire confisquée. Pendant ce temps, la communauté internationale observe avec attention un Cameroun profondément divisé, où la crise postélectorale demeure ouverte.
La Rédaction

