Au Sénégal, le secteur informel représente un véritable pilier pour de nombreuses familles, particulièrement pour les femmes qui y exercent leurs activités. Près de 95 % des femmes entrepreneures sénégalaises évoluent dans ce domaine, souvent sans soutien officiel ni accès aux services bancaires. Coumba Niang et Sala Fall, deux commerçantes de Dakar, témoignent de leur quotidien.
Dès les premières heures de la journée, Coumba Niang se rend au marché de Thiaroye pour acheter les légumes qu’elle revend ensuite au détail. Depuis plus de dix ans, sa routine reste inchangée, marquée par des journées qui commencent avant l’aube et des revenus incertains. « Je n’ai pas le choix, je dois continuer à me battre », confie-t-elle, déterminée à subvenir aux besoins de sa famille.
Le secteur informel emploie neuf travailleurs sur dix au Sénégal, selon un rapport de l’Organisation internationale du Travail (OIT) publié en 2020. Ce secteur, bien que crucial pour l’économie nationale, souffre d’un manque de reconnaissance et d’un « déficit de travail décent ». Les commerçantes comme Coumba Niang doivent composer avec des conditions précaires et un accès limité aux financements.
Sala Fall, qui vend des vêtements dans une petite boutique improvisée au même marché, partage les mêmes difficultés. Depuis sept ans, elle se consacre à son commerce pour soutenir sa famille. « J’ai commencé pour être indépendante et aider les miens », explique-t-elle. Cependant, comme beaucoup d’autres, elle regrette le manque de soutien institutionnel : « Nous travaillons dur, mais les structures de financement ne nous aident pas. »
Malgré leurs efforts, ces femmes peinent à accéder aux services financiers. En 2022, le projet Women Count du ministère de l’Économie et de la Femme révélait que 94,1 % des entrepreneures sénégalaises exerçaient dans le secteur informel, contre 86 % chez les hommes. Cette situation freine l’accès aux crédits et complique leur développement. Le taux de bancarisation au Sénégal, estimé à 59,7 %, reste insuffisant pour inclure la majorité de ces femmes, ce qui limite leur capacité à investir et à faire croître leur activité.
Coumba Niang exprime aussi les difficultés liées à la gestion de son commerce : « Parfois, on achète des produits, mais ils ne se vendent pas. » Avec des marges souvent réduites et un approvisionnement incertain, la gestion d’une activité informelle ressemble à un véritable parcours du combattant. Sala Fall, de son côté, reste optimiste, mais espère un jour voir les autorités locales prendre des mesures concrètes pour aider les petites commerçantes comme elle.
Ces femmes jouent un rôle fondamental dans l’économie sénégalaise, soutenant leurs familles et contribuant à la résilience de leurs communautés. Elles espèrent qu’un soutien accru et des politiques adaptées leur permettront de surmonter les obstacles qui freinent aujourd’hui leur développement.
La Rédaction

