Trop d’eau dans certains bassins, des déficits préoccupants dans d’autres : l’Afrique fait face à des déséquilibres hydrologiques de plus en plus difficiles à gérer. Dans son dernier rapport sur les ressources mondiales en eau, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) révèle l’ampleur de ces contrastes, qui menacent l’agriculture, la production électrique et la sécurité des populations.
L’eau ne manque pas partout en Afrique. Elle ne se trouve simplement pas toujours là où les besoins sont les plus importants, ni au moment où les populations en ont besoin. C’est l’un des principaux enseignements du rapport sur l’état des ressources mondiales en eau, publié le 17 septembre 2026 par l’Organisation météorologique mondiale.
Alors que 2025 figure parmi les années les plus sèches pour les débits fluviaux mondiaux depuis 35 ans, le continent africain présente une situation profondément contrastée. Les bassins du Sénégal, du Niger, du lac Tchad, de l’Orange et du Limpopo ont enregistré des débits supérieurs à leurs normales historiques. À l’inverse, ceux du Nil, du Congo et du Zambèze ont connu des niveaux particulièrement faibles.
Ces écarts ne signifient pas que les premiers bassins ont tous subi des inondations ou que les seconds ont connu partout une sécheresse. Ils témoignent cependant d’une répartition inégale des ressources en eau, dont les conséquences peuvent être considérables.
Des déséquilibres qui fragilisent les économies
En Afrique, les variations du débit des fleuves dépassent largement la question environnementale. Elles influencent directement l’irrigation, l’approvisionnement en eau potable, la pêche, les transports fluviaux et le fonctionnement des barrages hydroélectriques.
Dans les régions agricoles, un déficit prolongé peut réduire les possibilités d’irrigation et fragiliser les récoltes. À l’inverse, des apports d’eau excessifs sur de courtes périodes peuvent endommager les cultures, les routes et les habitations, sans nécessairement garantir des réserves suffisantes pour les mois suivants.
Cette alternance entre excès et pénuries complique les décisions publiques. Les infrastructures doivent être capables de gérer les fortes précipitations tout en préservant suffisamment d’eau pour les périodes déficitaires.
Des fleuves partagés, des risques communs
La dimension transfrontalière rend cette situation particulièrement sensible. Le Sénégal, le Niger, le Nil ou encore le Congo traversent plusieurs pays, dont les besoins agricoles, énergétiques et domestiques dépendent parfois des mêmes ressources.
Une variation importante du débit dans une partie d’un bassin peut ainsi avoir des conséquences en aval. La coordination entre États devient essentielle pour gérer les barrages, anticiper les crues et organiser les usages de l’eau.
L’OMM souligne également la gravité des événements hydrologiques extrêmes : sur les cinq dernières années, l’Afrique et l’Asie ont concentré plus de 80 % des décès déclarés liés à ces phénomènes. Ce constat renforce l’importance des systèmes d’alerte précoce et de la préparation des populations.
Mieux observer pour mieux anticiper
L’un des principaux obstacles reste pourtant la connaissance des ressources disponibles. L’Afrique figure parmi les régions où les réseaux de mesure hydrologique demeurent insuffisants.
Pour établir son rapport, l’OMM a combiné observations nationales, données satellitaires et simulations issues de treize modèles hydrologiques. Cette méthode permet de dresser un tableau continental, mais comporte des incertitudes, notamment dans les bassins disposant de peu de stations de mesure.
Le changement climatique renforce les préoccupations relatives aux extrêmes hydrologiques, sans que chaque variation observée puisse lui être directement attribuée.
Pour les pays africains, l’enjeu n’est donc plus seulement de construire des barrages ou d’étendre les réseaux d’approvisionnement. Il consiste aussi à mieux mesurer, partager et anticiper les ressources disponibles. Car face à un cycle de l’eau de plus en plus irrégulier, la sécurité hydrique dépend autant de la capacité à prévenir les excès que de celle à surmonter les pénuries.
La Rédaction
Sources : Organisation météorologique mondiale (OMM), State of Global Water Resources 2025, rapport publié le 17 septembre 2026 ; données hydrologiques nationales, observations satellitaires et modélisations utilisées par l’OMM.

