L’Afrique est devenue un terrain stratégique pour les Émirats arabes unis. Plus qu’un simple partenaire commercial, Abou Dhabi y projette sa puissance en combinant ressources naturelles, agriculture et infrastructures portuaires, transformant progressivement certains États africains en pivots géopolitiques. Derrière l’or soudanais, les terres fertiles et les ports stratégiques, se joue une recomposition silencieuse mais structurée du pouvoir continental.
L’or africain : un levier financier et politique
Au Soudan, l’or est au cœur de cette influence. Dubaï s’est imposée comme un centre majeur de négoce et de raffinage de l’or africain, créant un flux économique et financier qui dépasse le cadre strictement commercial. Dans un pays en guerre, ce contrôle indirect devient un outil d’influence, reliant extraction minière et capacité d’investissement international.
Terres agricoles : sécuriser l’alimentation par-delà le Golfe
Territoire désertique et dépendant des importations alimentaires, les Émirats misent sur l’Afrique pour garantir leur sécurité alimentaire. Des projets agricoles massifs, du Nil à la Corne de l’Afrique, fournissent des productions destinées au marché du Golfe, transformant l’Afrique en extension agricole stratégique. Ces investissements posent toutefois des questions de souveraineté foncière et d’accès local aux ressources.
Ports et corridors : la mer comme instrument de projection
À travers DP World, Abou Dhabi contrôle ou modernise des ports dans plusieurs pays africains. Le port de Berbera, au Somaliland, en est un exemple : modernisé, connecté à l’Éthiopie et positionné sur l’axe Asie–Europe, il devient un hub logistique central. Ces infrastructures ne servent pas uniquement le commerce : elles permettent à Abou Dhabi de maîtriser les flux stratégiques et de renforcer sa présence géopolitique.
Ambiguïté et enjeux sécuritaires
Cette expansion économique et logistique n’est pas exempte de controverses. Au Soudan, des rapports suggèrent que certains investissements sont liés à des arrangements sécuritaires, brouillant la frontière entre commerce et influence militaire. Si les Émirats nient toute implication directe, la superposition des enjeux économiques, logistiques et stratégiques crée des zones grises, inquiétant les États africains et les partenaires régionaux du Golfe.
L’Afrique dans la stratégie globale d’Abou Dhabi
Pour les Émirats, l’Afrique n’est plus périphérique : elle est centrale dans la projection de puissance et la sécurisation des intérêts stratégiques. Or, agriculture et ports deviennent autant de leviers pour peser sur la scène internationale. Le défi pour les pays africains est de transformer ces investissements en partenariats équilibrés, plutôt qu’en dépendance, afin de rester acteurs de leur propre destin économique et géopolitique.
La Rédaction

