À contre-courant de la ligne économique de Donald Trump, Elon Musk a lancé samedi un appel à la création d’un espace économique commun entre les États-Unis et l’Union européenne. Depuis le congrès du parti d’extrême droite italien La Ligue, le milliardaire a plaidé pour « des droits de douane nuls » et une liberté accrue de circulation des travailleurs entre les deux continents.
« Idéalement, les États-Unis et l’Europe devraient tendre vers une zone de libre-échange totale », a déclaré Musk lors d’une intervention vidéo à Florence, face à Matteo Salvini, vice-président du gouvernement italien. Il affirme avoir « conseillé le président Trump en ce sens », espérant que cette vision s’imposera malgré le virage protectionniste assumé par la Maison Blanche.
Ce discours intervient trois jours après que Donald Trump a signé un décret imposant une surtaxe de 20 % sur les importations européennes. Une mesure offensive destinée à défendre l’industrie américaine, en rupture complète avec la vision globalisante de Musk. Pourtant, les deux hommes sont étroitement liés : Musk joue un rôle stratégique au sein du DOGE (Department of Government Execution), le redoutable organe exécutif de l’administration Trump chargé d’imposer ses réformes à marche forcée.
Mais l’appel à l’ouverture commerciale s’accompagne chez Musk d’un discours dur sur les migrations. Dans la même intervention, il a dénoncé « l’immigration de masse » qu’il juge « destructrice » pour les pays européens. Une rhétorique parfaitement alignée avec celle de ses hôtes à Florence, et révélatrice du paradoxe Musk : ouverture totale pour les flux économiques, fermeture stricte pour les flux humains.
Ce double discours reflète l’idéologie dominante d’une nouvelle ère politique : celle d’un capitalisme hyperconnecté, mais piloté depuis des bastions identitaires. L’appel à un grand marché transatlantique ne porte donc pas un projet universaliste, mais une reconfiguration sélective des échanges, réservée aux entreprises, aux investisseurs et aux ingénieurs triés sur le volet.
Alors que les tensions douanières s’intensifient entre Washington et Bruxelles, Musk tente d’imposer une autre vision — fluide, technocratique, mais profondément inégalitaire. Le rêve d’un libre-échange total n’a peut-être jamais été aussi éloigné… ni aussi dangereux dans les mains de ceux qui entendent le contrôler.
La Rédaction

