L’Afrique du Sud, malgré son engagement croissant envers les énergies renouvelables, laisse de côté une ressource précieuse : les déchets de canne à sucre. Alors que l’énergie solaire, éolienne et l’hydrogène vert concentrent l’attention des investisseurs, les résidus végétaux, notamment les feuilles et tiges issues de la production de canne, restent largement inutilisés.
Le pays, important producteur de sucre, génère environ 2,2 millions de tonnes de sucre raffiné chaque année, représentant plus d’un milliard de dollars de revenus. Cependant, les 20 200 petits exploitants, qui contribuent à hauteur de 11 % à cette production, luttent pour rester à flot face à des défis comme la sécheresse, la faible rentabilité de leurs petites exploitations et le coût élevé des intrants agricoles.
Les déchets de canne à sucre, qui représentent entre 13 et 30 % de la production, sont majoritairement brûlés. Chaque année, 2,7 millions de tonnes sont ainsi détruites, libérant d’importantes quantités de gaz à effet de serre. Pourtant, ces résidus ont le potentiel de produire jusqu’à 180 MW d’électricité par saison, suffisant pour alimenter plus de 100 000 foyers. En les valorisant, les petits agriculteurs pourraient non seulement augmenter leurs revenus, mais aussi réduire considérablement leur impact environnemental.
Une étude menée auprès de 330 producteurs dans les provinces du KwaZulu-Natal et du Mpumalanga montre que près de la moitié brûlent encore leurs résidus par manque d’alternatives. Beaucoup ignorent qu’ils pourraient les transformer en bioénergie ou en compost. Faute d’un marché structuré, ces déchets continuent d’être perçus comme sans valeur.
Pour inverser cette tendance, il est nécessaire de fournir un soutien financier aux petits exploitants afin de faciliter l’achat ou la location de machines adaptées à la récolte des déchets. Des politiques interdisant leur incinération tout en encourageant leur transformation en énergie sont essentielles. Il serait également utile de sensibiliser les communautés rurales à la valeur économique et environnementale des résidus de canne.
Le développement technologique, axé sur des solutions adaptées aux petites exploitations, doit être encouragé. Les autorités pourraient mettre en place des tarifs de rachat permettant aux agriculteurs de vendre l’excédent d’électricité produit à partir de ces déchets.
En intégrant les petits producteurs à la chaîne de valeur des énergies renouvelables, l’Afrique du Sud pourrait non seulement garantir une transition énergétique équitable, mais aussi transformer ses zones rurales en acteurs clés de la production d’énergie verte. Une telle démarche contribuerait à réduire les inégalités, à améliorer les moyens de subsistance dans les communautés agricoles et à bâtir un avenir plus durable pour tous.
La Rédaction

