La Cour européenne des droits de l’homme reconnaît une injustice, mais l’exclusion de la championne sud-africaine sur 800 mètres demeure intacte.
Elle a longtemps couru après la justice. Aujourd’hui, Caster Semenya a enfin été entendue – du moins en partie. La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a reconnu que la légende sud-africaine de l’athlétisme n’avait pas bénéficié d’un procès équitable face aux règlements imposés par World Athletics sur le taux de testostérone. Mais si le principe est sauvé, la ligne d’arrivée reste hors d’atteinte : la décision ne remet pas en cause l’interdiction qui frappe la double championne olympique sur 800 mètres.
Une reconnaissance tardive mais essentielle
En 2020, la plus haute juridiction suisse avait rejeté le recours de Semenya, entérinant ainsi le règlement controversé exigeant des femmes atteintes de différences du développement sexuel (DSD) de réduire leur taux de testostérone pour concourir dans les épreuves féminines. La CEDH vient de juger que cette décision violait ses droits fondamentaux, notamment son droit à un recours effectif.
Ce verdict symbolise une avancée dans un combat juridico-sportif devenu emblématique, mêlant médecine, droits humains et identité de genre. Mais le soulagement est tempéré : la règle contestée reste intacte, et avec elle, l’exclusion de Semenya de sa distance fétiche.
Identité niée, performance punie
Âgée de 34 ans, Semenya est née avec une variation génétique rare – le chromosome 46 XY – et un taux de testostérone naturellement élevé. Athlète hors pair, elle a dominé le 800 mètres féminin pendant près d’une décennie. Depuis 2018, elle refuse catégoriquement de suivre un traitement hormonal pour « se conformer » à des normes qu’elle juge inhumaines et discriminatoires.
« On m’a traitée comme un cobaye. Je suis née ainsi. Pourquoi devrais-je m’excuser d’être moi-même ? », déclarait-elle en évoquant les examens médicaux invasifs qu’elle a subis après sa victoire aux Mondiaux de 2009.
Une onde de choc au-delà des pistes
Le jugement de Strasbourg intervient dans un contexte de vigilance accrue sur les pratiques discriminatoires dans le sport international. Il fait écho à l’affaire récente de la boxeuse algérienne Imane Khelif, exclue elle aussi pour des raisons biologiques liées à son taux hormonal. La méthode de détection – un simple prélèvement salivaire pour rechercher le chromosome Y – est dénoncée comme dégradante par des ONG telles que Human Rights Watch.
Ces affaires révèlent une frontière floue entre performance naturelle et conformité réglementaire, qui tend à cibler les athlètes africaines et intersexuées. Pour Semenya, le combat ne se limite plus à sa propre carrière : il s’agit désormais d’un combat collectif pour la dignité.
L’avenir d’une icône sans compromis
Malgré l’interdiction persistante, Caster Semenya reste ferme : elle ne prendra jamais les médicaments imposés. Pour elle, renoncer à sa nature, c’est trahir sa vérité. « Je cours pour montrer aux jeunes femmes qu’elles peuvent être fortes, même quand tout le système leur dit qu’elles n’en ont pas le droit. »
La décision européenne oblige désormais la Suisse à réexaminer l’affaire. Mais même si un jour la piste lui est rouverte, le temps perdu, lui, ne reviendra pas.
La Rédaction

