L’Afrique détient à elle seule près des deux tiers des terres arabes mondiales. Une richesse agricole colossale, mais largement sous-exploitée, mal protégée et au cœur de nombreux appétits géopolitiques.
L’Afrique est souvent présentée comme un continent d’avenir, surtout pour son potentiel agricole. Selon la FAO, 65 % des terres arabes non encore cultivées dans le monde se trouvent en Afrique. Ce chiffre, impressionnant, cache pourtant une réalité plus complexe. Car si les terres sont là, les conditions pour en faire un levier de développement ne sont pas toujours réunies.
Une richesse naturelle convoitée
Le continent africain dispose d’environ 874 millions d’hectares de terres arables, dont une large part reste inutilisée ou mal exploitée. Ce réservoir attire depuis plusieurs années les puissances étrangères, notamment la Chine, les pays du Golfe ou encore des multinationales agroalimentaires.
Ces acteurs concluent avec des États africains des contrats de bail sur plusieurs décennies, souvent au détriment des communautés locales, évincées sans réelle compensation. Le phénomène, connu sous le nom de land grabbing (accaparement des terres), soulève de vives critiques. Les promesses d’emploi, de développement rural ou de transfert de technologies sont rarement tenues.
Failles structurelles et défis agricoles
Si l’Afrique dispose d’autant de terres arables, pourquoi importe-t-elle encore près de 40 milliards de dollars de produits alimentaires par an ? La réponse tient en grande partie à des faiblesses systémiques : infrastructures rurales insuffisantes, accès limité au crédit pour les petits producteurs, politiques agricoles instables, formation technique déficiente, insécurité foncière…
De nombreux pays africains dépendent encore des cultures d’exportation (cacao, café, coton) au détriment des cultures vivrières locales, aggravant la dépendance alimentaire. À cela s’ajoutent les effets du changement climatique, qui réduisent la productivité des terres et déstabilisent les saisons agricoles.
Une souveraineté à reconquérir
Face à cette situation, plusieurs États africains tentent de réagir. Des initiatives de cartographie foncière, de soutien à l’agriculture familiale ou de renforcement des coopératives rurales voient le jour. Mais elles restent souvent fragmentaires ou limitées par les contraintes budgétaires.
La clé réside sans doute dans une reconquête de la souveraineté agricole : protéger les terres, soutenir les producteurs locaux, renforcer les politiques publiques en faveur d’une agriculture durable, et surtout valoriser l’agriculture comme moteur stratégique du développement.
Et après ?
La possession de 65 % des terres arables mondiales pourrait faire de l’Afrique un pilier de la sécurité alimentaire planétaire. Mais cela ne sera possible que si l’exploitation de ces terres reste entre les mains des Africains, dans le respect des équilibres écologiques et sociaux.
Le défi n’est pas seulement agricole : il est économique, politique, environnemental et géostratégique. Il s’agit de choisir entre rester une terre convoitée ou devenir une puissance nourricière.
La Rédaction

