Dans le nord-ouest de l’Afghanistan, des familles ruinées par des années de sécheresse promettent leurs filles en mariage pour rembourser leurs dettes ou simplement survivre. Certaines n’ont que deux ans. Derrière ces unions imposées se dessine une crise où l’effondrement des moyens de subsistance, la faim et le recul des droits des femmes privent des milliers d’enfants de leur avenir.
À Qala-e-Naw, dans la province afghane de Badghis, Khatira n’a que 11 ans. Pourtant, son avenir matrimonial est déjà décidé. Promise à un homme de 20 ans pour rembourser les dettes familiales, elle fuit lorsqu’il vient lui rendre visite. Depuis ses fiançailles, la fillette pleure fréquemment et n’ose plus sortir jouer avec les autres enfants.
Son histoire, recueillie dans une enquête photographique d’Elise Blanchard publiée le 15 octobre 2026 par The Guardian, révèle une pratique aggravée par l’effondrement économique des campagnes afghanes.
Quand la terre ne nourrit plus
Dans la province de Badghis, environ 95 % des habitants dépendent de l’agriculture pluviale et de l’élevage. Les sécheresses répétées ont détruit les récoltes, décimé les troupeaux et poussé des familles entières vers des camps de déplacés.
Privés de revenus, certains parents acceptent des compensations financières en échange de mariages arrangés pour leurs filles. Ces sommes permettent parfois de rembourser un créancier, d’acheter de la nourriture ou de financer des soins médicaux.
Dans le camp de Shahrak-e-Sabz, près de Hérat, une mère a ainsi promis sa fille Fatemah en mariage alors qu’elle n’avait que trois mois. La famille cherchait désespérément de quoi payer les déplacements médicaux de son fils malade.
Une enfance sacrifiée à la survie
Les conséquences dépassent largement la séparation familiale. Mariées dès la puberté, certaines adolescentes subissent des grossesses précoces, des risques obstétricaux élevés et une profonde détresse psychologique.
L’UNICEF rappelle qu’en Afghanistan, 28,7 % des femmes âgées de 20 à 24 ans avaient été mariées avant 18 ans, selon une enquête réalisée en 2022-2023. Dans certaines régions, cette proportion atteignait une fille sur deux.
La situation est aggravée par les restrictions éducatives imposées depuis le retour des talibans au pouvoir. Plus de 2,6 millions de filles ont été privées d’enseignement secondaire depuis 2021, selon l’UNICEF.
Une crise climatique devenue crise des droits humains
La sécheresse n’explique pas seule ces mariages. La pauvreté chronique, l’endettement, les discriminations envers les filles et la diminution de l’aide humanitaire contribuent également à leur multiplication.
À l’approche de l’hiver, les agences alimentaires des Nations unies préviennent que 19,2 millions d’Afghans pourraient connaître une insécurité alimentaire aiguë entre novembre 2026 et avril 2027.
Pour les organisations humanitaires, protéger ces enfants exige donc davantage que des secours alimentaires : maintien des filles à l’école, soutien économique aux familles et accès aux services de santé.
Dans les villages de Badghis, la disparition des récoltes menace désormais bien plus que les moyens de subsistance. Elle compromet l’enfance elle-même.
La Rédaction

