L’Allemagne, deuxième plus grand soutien militaire de l’Ukraine après les États-Unis, prévoit de réduire de moitié son aide en 2025. Cette décision, motivée par des restrictions budgétaires et des espoirs de recours aux avoirs russes gelés, suscite des interrogations sur l’avenir de son soutien à Kiev.
Le gouvernement allemand prévoit de réduire de moitié ses dépenses militaires en faveur de l’Ukraine en 2025. Selon une source parlementaire citée par l’AFP le 17 août 2024, Berlin ne compte pas allouer plus des 4 milliards d’euros déjà inscrits dans son projet de budget pour l’année prochaine. Cette décision marque un tournant significatif pour l’Allemagne, qui est, après les États-Unis, le principal contributeur à l’effort de guerre ukrainien.
Un Accord Politique Entre le Chancelier et le Ministre des Finances
Le journal Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung (FAS) révèle que cette réduction a fait l’objet d’un accord entre le chancelier Olaf Scholz, du Parti Social-Démocrate (SPD), et Christian Lindner, ministre des Finances issu du Parti Libéral (FDP). Andreas Schwarz, membre de la commission du budget, a indiqué qu’aucune nouvelle commande militaire pour l’Ukraine n’avait été lancée récemment, faute de financement. Par exemple, en juillet, l’acquisition d’un système de défense antiaérienne IRIS-T pour Kiev a été annulée en raison de ces restrictions.
Face aux critiques, le ministère des Finances a annoncé être prêt à envisager des financements supplémentaires au cas par cas, mais l’incertitude sur le soutien futur à l’Ukraine demeure. Oleksii Makeiev, ambassadeur ukrainien en Allemagne, a exprimé son inquiétude quant à l’engagement de Berlin, soulignant que la sécurité de l’Europe dépend de la volonté politique allemande de maintenir son rôle de leader dans le soutien à l’Ukraine.
L’Espoir d’un Soutien Par les Avoirs Russes Gelés
Pour 2026, Berlin prévoit de réduire encore son aide militaire à 3 milliards d’euros, puis à seulement 500 millions d’euros par an en 2027 et 2028. Pour compenser ces baisses, l’Allemagne espère recourir à un instrument financier international permettant l’utilisation des avoirs russes gelés, une initiative en discussion au sein du G7 et de l’Union européenne. Toutefois, aucune mesure concrète n’a encore été mise en œuvre pour mobiliser ces fonds.
Une source au ministère des Finances allemand a déclaré que Berlin prévoit que ces fonds seront disponibles dès 2025. Le député Karsten Klein, membre de la commission du budget, a assuré que l’Allemagne ne relâchera pas son soutien à l’Ukraine, malgré les réductions budgétaires annoncées.
Des Économies Nécessaires pour Respecter le « Frein à l’Endettement »
Les coupes budgétaires prévues pour 2025 résultent de négociations tendues au sein de la coalition gouvernementale composée de libéraux, écologistes et sociaux-démocrates. Christian Lindner, ministre des Finances, a insisté sur la nécessité de respecter le « frein à l’endettement », une règle constitutionnelle limitant la capacité de l’État à s’endetter excessivement.
Le projet de budget doit encore être discuté au Parlement allemand avant son adoption, prévue d’ici la fin de l’année. L’opposition chrétienne-démocrate (CDU) promet de mettre la pression sur le gouvernement lors des discussions budgétaires d’automne, alors qu’elle gagne du terrain dans les sondages avant les élections régionales de septembre, cruciales pour la coalition dans plusieurs États de l’est du pays.
Le député CDU Norbert Röttgen a critiqué la décision de réduire l’aide à l’Ukraine, la qualifiant de « politique à la Trump », dictée par des disputes internes au sein de la coalition.
Une Décision qui Redéfinit le Rôle de l’Allemagne
La décision de Berlin de réduire son aide militaire à l’Ukraine en 2025 marque un tournant dans la politique étrangère allemande et soulève des questions sur son rôle futur en tant que leader en Europe. Alors que la guerre en Ukraine se poursuit et que les incertitudes politiques augmentent, notamment avec la perspective d’une possible élection de Donald Trump aux États-Unis, le soutien de l’Allemagne sera crucial pour maintenir la stabilité en Europe de l’Est. Reste à voir si les promesses de compensations financières par l’utilisation des avoirs russes gelés se concrétiseront et si Berlin pourra continuer à jouer un rôle central dans le soutien à Kiev.
La Rédaction

