Le Burkina Faso, le Mali et le Niger veulent désormais conserver davantage de valeur entre leurs frontières en transformant sur place minerais et hydrocarbures. Une ambition qui déplace le débat sur la souveraineté : contrôler le sous-sol ne suffit plus, encore faut-il disposer de l’énergie, des infrastructures, des capitaux et des capacités industrielles permettant de transformer ce qui en est extrait.
Après avoir placé la maîtrise des ressources naturelles au centre de leur discours économique, les trois États de l’Alliance des États du Sahel ouvrent un chantier autrement plus complexe : celui de leur transformation. Réunis lundi 14 septembre à Ouagadougou, leurs ministres chargés des Mines, de l’Énergie et des Hydrocarbures ont défendu une exploitation qui ne s’arrêterait plus à l’extraction et à l’exportation des matières premières.
Le Burkina Faso et le Mali comptent parmi les producteurs africains d’or, tandis que le Niger dispose notamment d’uranium, de pétrole et de gaz. À l’échelle de l’AES s’ajoutent d’autres ressources, dont le lithium, le fer et le phosphate. Le problème n’est donc plus seulement de savoir ce que contient le sous-sol, mais quelle part de la valeur produite à partir de ces ressources peut réellement rester dans les économies sahéliennes.
La souveraineté se déplace vers l’usine
« Il ne s’agit pas seulement d’avoir des ressources minérales, mais surtout d’arriver à les transformer », a résumé le ministre malien des Mines, Amadou Keita. Cette formulation marque un déplacement important. La souveraineté minière peut se traduire par des réformes du code minier, une participation accrue de l’État ou une meilleure captation des recettes. La souveraineté industrielle exige davantage : des unités de traitement, des compétences techniques, une énergie disponible et des investissements capables de financer des installations lourdes.
C’est précisément la faiblesse de la transformation locale que les organisateurs de la SAMAO identifient parmi les principaux défis du secteur extractif africain. La 8e Semaine des activités minières d’Afrique de l’Ouest, organisée du 14 au 19 septembre à Ouagadougou parallèlement à la première Semaine de l’énergie, des mines et des hydrocarbures de l’AES, consacre une partie de ses travaux à la maîtrise des chaînes de valeur et à la valorisation locale.
Transformer suppose d’abord de pouvoir produire
L’ambition rencontre toutefois une contrainte fondamentale : transformer davantage de matières premières exige beaucoup d’énergie, parfois en quantité considérable. Raffiner, traiter ou convertir un minerai ne répond pas aux mêmes exigences industrielles que son extraction.
L’intégration des politiques minières et énergétiques devient dès lors stratégique. Une usine de transformation n’a d’intérêt économique que si elle peut fonctionner avec une alimentation énergétique suffisamment fiable, accéder aux infrastructures de transport et trouver des débouchés compétitifs. Les trois États avaient déjà engagé en août des discussions communes sur leurs politiques relatives aux mines, à l’énergie et aux hydrocarbures, avec l’objectif affiché de traduire cette coopération en résultats mesurables.
La question du financement reste tout aussi déterminante. Passer de l’extraction à une chaîne industrielle nécessite des capitaux importants, des technologies et des compétences que les États devront mobiliser auprès du secteur privé, de partenaires extérieurs ou à travers leurs propres instruments d’investissement.
Une chaîne de valeur à construire à trois
La dimension nouvelle du projet réside aussi dans l’échelle confédérale. Pris séparément, le Burkina Faso, le Mali et le Niger disposent de ressources différentes. Pensées ensemble, celles-ci pourraient théoriquement favoriser des complémentarités entre production énergétique, exploitation minière, hydrocarbures et transformation industrielle.
Mais cette logique suppose davantage qu’une déclaration commune. Elle exige des réglementations compatibles, des infrastructures transfrontalières, une circulation plus fluide des intrants et des produits, ainsi qu’une stratégie permettant de déterminer quelles transformations peuvent être économiquement réalisées dans l’espace AES.
La première SEMH-AES sert justement de cadre à cette volonté de rapprocher les politiques des trois pays. Pour le ministre nigérien du Pétrole, Hamadou Tini, les ressources doivent devenir un levier de souveraineté, de développement et d’intégration régionale.
De la richesse du sous-sol à celle de l’économie
Le véritable test viendra donc après les conférences. Extraire de l’or, de l’uranium, du lithium ou du pétrole donne accès à une ressource. Les transformer davantage sur place peut permettre de conserver une part supérieure de la valeur ajoutée, de développer des compétences et, selon les filières, de créer de nouveaux emplois industriels.
C’est à cette étape que l’ambition souverainiste de l’AES devra être évaluée. Après la bataille pour la maîtrise des ressources, commence celle, plus difficile, de la capacité à les transformer. Car la richesse d’un sous-sol ne devient une puissance économique que lorsqu’une économie parvient à construire suffisamment de valeur autour de ce qu’elle extrait.
La Rédaction
Sources : Semaine des activités minières d’Afrique de l’Ouest (SAMAO) ; Service d’information du gouvernement du Burkina Faso ; ministère burkinabè de l’Énergie, des Mines et des Carrières ; déclarations des ministres de l’AES.

