La LouiSimone Guirandou Gallery à Cocody Mermoz accueille l’exposition de l’artiste zimbabwéen Moffat Takadiwa, une exploration radicale de la mondialisation par la matière et les rebuts industriels
Le jeudi 21 mai 2026, la LouiSimone Guirandou Gallery à Cocody Mermoz inaugure l’exposition « Rémanence » de l’artiste zimbabwéen Moffat Takadiwa, figure majeure de la scène artistique africaine contemporaine, également connu pour avoir représenté son pays à la Biennale de Venise.
L’exposition, ouverte jusqu’au 4 juillet 2026, s’inscrit dans une trajectoire artistique où la matière n’est jamais neutre : elle est chargée d’histoire, de circulation globale et de rapports de force économiques. À Abidjan, cette proposition artistique prend une résonance particulière dans un contexte urbain et industriel où les flux de consommation et de déchets dessinent une cartographie invisible de la mondialisation.

Une esthétique du rebut comme archive du monde contemporain
Au cœur de « Rémanence », Moffat Takadiwa développe une pratique singulière fondée sur la récupération de matériaux issus de la consommation mondiale : touches de claviers d’ordinateurs, bouchons plastiques, brosses à dents usagées, fragments de produits industriels.
Ces éléments, souvent invisibilisés dans leur existence ordinaire, deviennent ici la matière première d’une recomposition artistique monumentale. Assemblés en structures, tapisseries et formes suspendues, ils cessent d’être des déchets pour se transformer en systèmes visuels complexes, proches de formes totémiques contemporaines.
Cette esthétique de la récupération ne relève pas uniquement d’une logique écologique ou formelle. Elle engage une critique directe des circuits globaux de production et de consommation, où les excédents matériels du Nord global se prolongent dans les espaces urbains africains sous forme de résidus, d’accumulations et de transferts invisibles.

Harare–Abidjan : une géographie artistique de la mondialisation
Le travail présenté à Abidjan s’inscrit dans un dialogue entre deux espaces urbains : Harare, ville d’origine de l’artiste, et Abidjan, où une partie de la résidence de création a été réalisée, notamment dans la zone industrielle de Yopougon.
Cette circulation entre contextes africains distincts permet de déplacer le regard : la mondialisation n’est plus uniquement perçue comme un axe Nord-Sud, mais comme un réseau complexe de transferts internes au continent, où les villes africaines deviennent elles-mêmes des nœuds de production, de transformation et d’accumulation matérielle.
L’artiste y construit une forme d’archéologie du présent, où les objets les plus ordinaires deviennent les témoins silencieux d’un système global de production de déchets et de déséquilibres écologiques.
L’art comme reconfiguration des matières invisibles du quotidien

En transformant ces matériaux en œuvres monumentales, Takadiwa opère un renversement symbolique : ce qui était rejeté devient central, ce qui était invisible devient structure, ce qui était résidu devient langage.
Ses compositions, souvent massives et densément stratifiées, évoquent autant des architectures organiques que des systèmes de mémoire. Elles interrogent la capacité de l’art contemporain africain à absorber, détourner et reconfigurer les flux matériels imposés par l’économie mondiale.
Dans ce geste, l’exposition « Rémanence » ne se limite pas à une réflexion esthétique. Elle devient une proposition politique sur la valeur, la circulation et la hiérarchie des matières dans un monde saturé par la surproduction.
Abidjan comme scène de la critique contemporaine de la mondialisation

En accueillant cette exposition, la scène artistique abidjanaise confirme sa position croissante dans les réseaux internationaux de l’art contemporain africain. Cocody Mermoz, à travers des espaces comme la LouiSimone Guirandou Gallery, devient un lieu de dialogue entre création locale et circulation globale des idées artistiques.
À travers « Rémanence », Abidjan se trouve ainsi inscrite dans une géographie élargie de la critique artistique de la mondialisation, où les déchets, loin d’être des marges invisibles, deviennent des matériaux centraux de lecture du monde contemporain.
La Rédaction

