Un sommet fragmenté entre ambitions du Sud global et calculs géopolitiques
Le sommet des BRICS s’est ouvert dimanche 6 juillet 2025 à Rio de Janeiro, dans un contexte international marqué par les tensions au Moyen-Orient et l’influence persistante des États-Unis. Réunis sous la présidence de Luiz Inacio Lula da Silva, les 11 membres du groupe – désormais élargi avec l’Égypte, les Émirats arabes unis, l’Iran, l’Éthiopie, l’Arabie saoudite et l’Indonésie – cherchent à définir une voix commune, alors même que leurs intérêts divergent.
Des absents de poids, des divergences visibles
Malgré le décor idyllique de la baie de Guanabara, deux absences majeures ont d’emblée pesé sur les discussions. Vladimir Poutine, toujours visé par un mandat de la Cour pénale internationale, intervient à distance. Xi Jinping, pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir, ne s’est pas déplacé et a envoyé son Premier ministre à sa place. Une configuration qui fragilise la dynamique unitaire du groupe.
Sur la crise au Moyen-Orient, les BRICS peinent à accorder leurs violons. Tandis que la Chine et la Russie gardent un profil bas après les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, l’Inde entretient des liens étroits avec Tel-Aviv et a refusé de soutenir une résolution onusienne en faveur d’un cessez-le-feu à Gaza. L’Arabie saoudite, tout juste intégrée, ajoute une variable complexe dans l’équation régionale.
Dédollarisation, un mot tabou sous menace américaine
Autre sujet sensible : la remise en question du dollar dans les échanges internationaux. Le président Lula, fervent défenseur d’un monde multipolaire, aurait souhaité inscrire cette ambition à l’agenda. Mais les menaces explicites de Donald Trump – notamment l’imposition de surtaxes pouvant atteindre 100 % à tout pays contestant l’hégémonie du billet vert – refroidissent les ardeurs. La Chine et l’Inde, engagées dans des négociations bilatérales avec Washington sur les droits de douane, restent prudentes.
L’Inde en équilibristre diplomatique
Pour New Delhi, ce sommet est stratégique. Dans un contexte de protectionnisme américain croissant, Narendra Modi mène une vaste tournée diplomatique dans les pays du Sud, avec une priorité : construire des alliances économiques alternatives. Le sommet de Rio constitue l’apogée de cette offensive. L’objectif est double : défendre la suppression des barrières commerciales Sud-Sud et contenir l’influence croissante de Pékin au sein du bloc.
« Le défi, pour l’Inde, est de maintenir une ligne modérée, loin de l’axe sino-russe, tout en poussant à une réforme équitable de la gouvernance mondiale », analyse Harsh Pant, de l’Observer Research Foundation.
Lula mise sur l’intelligence artificielle et le climat
Face à ces tensions géopolitiques, Lula pourrait recentrer les discussions sur des thématiques moins controversées : le développement durable, la régulation de l’intelligence artificielle et la lutte contre le changement climatique. Un choix cohérent alors que le Brésil accueillera la COP30 dans quatre mois, également à Rio.
Reste que ce sommet illustre les limites d’un groupe aux ambitions immenses mais aux intérêts profondément hétérogènes. Si les BRICS veulent réellement devenir une alternative crédible à l’ordre occidental, il leur faudra d’abord résoudre leur propre fragmentation.
La Rédaction

