Du 11 au 22 novembre, Bakou accueille la COP29, une rencontre mondiale sur le climat qui, cette année, fait autant parler d’elle pour ses enjeux environnementaux que pour le choix contesté de son lieu. Alors que des leaders du monde entier convergent vers la capitale azerbaïdjanaise, des absences de marque et des appels au boycott envoient un signal fort : de nombreux dirigeants et personnalités refusent de cautionner un sommet organisé dans un pays où les droits humains sont constamment bafoués.
Malgré la participation confirmée de plus de 100 chefs d’État, les absences de figures clés alimentent les tensions autour de l’événement. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annulé sa venue pour se concentrer sur la transition de son mandat à Bruxelles, laissant l’Union européenne représentée par Charles Michel et d’autres officiels. Le président français Emmanuel Macron, en raison des relations conflictuelles entre Paris et Bakou, ne sera pas présent, tout comme le chancelier allemand Olaf Scholz, pris dans une crise politique interne après l’effondrement de sa coalition. Le Premier ministre néerlandais Dick Schoof a également renoncé à participer, préoccupé par la sécurité intérieure face aux récentes violences dans son pays.
Sur la scène internationale, l’absence de leaders influents se fait aussi ressentir. Le président américain Joe Biden, en plein contexte post-électoral, ne participera pas et enverra son conseiller principal John Podesta pour le représenter. Au Brésil, le président Luiz Inacio Lula da Silva a dû annuler son voyage pour des raisons de santé, même si son pays doit accueillir la COP30 en 2025. Le roi Charles du Royaume-Uni, fervent défenseur de l’environnement, ne fera pas le déplacement non plus, le gouvernement britannique ayant opté pour une représentation différente. Vladimir Poutine, enfin, a choisi de ne pas assister à ce sommet organisé chez un voisin avec qui les relations sont complexes ; il envoie le Premier ministre Mikhaïl Mishustin à sa place.
Un appel au boycott de la part de la société civile et des élus locaux
Ces absences résonnent avec l’appel au boycott lancé par des maires de grandes villes françaises, indignés de voir la COP se tenir dans un pays classé parmi les pires en matière de liberté de la presse et de respect des droits fondamentaux. Pour eux, l’Azerbaïdjan n’a pas la légitimité pour accueillir une rencontre de cette envergure. “Une grossière mascarade”, dénoncent-ils, rappelant les récentes exactions menées par Bakou dans la région du Haut-Karabakh : déplacements forcés, fermetures de corridors humanitaires, destruction du patrimoine culturel, et répressions de la société civile.
Les ONG et la société civile pointent aussi du doigt les incohérences de la communauté internationale, qui semble prête à fermer les yeux sur les droits humains pour des raisons diplomatiques. Des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch dénoncent les atteintes systématiques à la liberté d’expression et les violences faites aux populations civiles en Azerbaïdjan, un pays qui, selon elles, ne devrait pas servir de modèle ni de terrain neutre pour une conférence sur la lutte contre le changement climatique.
Papouasie-Nouvelle-Guinée : le désistement d’un symbole de la lutte climatique
En écho à ces voix dissidentes, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, l’un des pays les plus menacés par le changement climatique, a choisi de boycotter cette COP. Son Premier ministre, James Marape, a fait savoir que son pays ne participerait pas, qualifiant les discussions de “perte de temps totale”. Son ministre des Affaires étrangères, Justin Tckatchenko, a souligné que les petits États insulaires comme le sien n’ont plus de temps à perdre dans des conférences qui ne produisent aucun résultat concret pour les pays vulnérables.
La Papouasie-Nouvelle-Guinée, frappée par la montée du niveau des mers et les catastrophes naturelles, enverra une petite délégation technique sans participation ministérielle, marquant ainsi sa désillusion envers un sommet qu’elle estime davantage axé sur les intérêts politiques des grandes puissances que sur une action climatique juste et globale.
Une COP sous tension, tiraillée entre engagement climatique et droits humains
À la veille de cette conférence, l’Azerbaïdjan se retrouve ainsi au cœur de la controverse : ce pays, critiqué pour sa répression et son bilan en matière de droits humains, accueille un sommet où les objectifs climatiques peinent à être dissociés de la politique. Les voix progressistes, incluant élus et ONG, rappellent l’importance d’un cadre international qui ne fasse pas de compromis sur les libertés fondamentales.
Alors que la COP29 s’ouvre dans ce climat de scepticisme et de protestations, une question demeure : dans un contexte aussi tendu, ce sommet parviendra-t-il à faire progresser les engagements climatiques ou restera-t-il marqué par les fractures politiques et les dilemmes éthiques qu’il suscite?
La Rédaction

