Face aux perturbations du trafic maritime en mer Rouge, l’Égypte accélère la transformation de ses infrastructures logistiques. Au cœur de cette ambition, un vaste réseau ferroviaire électrique destiné à relier les ports de la mer Rouge à ceux de la Méditerranée. Une nouvelle voie commerciale qui pourrait réduire la dépendance du pays aux seules recettes du canal de Suez.
Pendant des décennies, le canal de Suez a constitué l’un des principaux leviers économiques de l’Égypte, reliant l’Asie à l’Europe par la route maritime la plus directe. Mais les tensions sécuritaires en mer Rouge ont profondément fragilisé ce modèle. Les attaques contre les navires commerciaux ont contraint de nombreuses compagnies à contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance, privant Le Caire d’importantes recettes de transit. Selon le Fonds monétaire international (FMI), le trafic du canal demeure nettement inférieur à son niveau d’avant 2023, malgré une reprise progressive.
Pour limiter cette vulnérabilité, l’Égypte mise sur une stratégie complémentaire : transformer son territoire en plateforme multimodale, associant ports, voies ferrées, routes et zones industrielles. Le projet le plus emblématique est un réseau ferroviaire électrique de près de 2 000 kilomètres, conçu pour transporter voyageurs et marchandises à travers le pays.
Un corridor ferroviaire entre deux mers
Surnommée le « canal de Suez sur rails », la première ligne de ce réseau s’étend sur environ 660 kilomètres, entre Aïn Sokhna, sur la mer Rouge, et Marsa Matrouh, sur la façade méditerranéenne, en passant notamment par Alexandrie. Elle permettra de transférer une partie des marchandises entre les deux façades maritimes, sans emprunter nécessairement le canal.
L’ensemble du programme repose sur trois lignes développées avec Siemens Mobility et ses partenaires égyptiens. Les contrats attribués au groupe allemand représentent environ 8,7 milliards de dollars, soit près de 5 100 milliards de FCFA. À terme, les autorités envisagent une capacité annuelle de transport atteignant 13 millions de tonnes de fret sur l’ensemble du réseau. La première ligne reste cependant en phase de préparation opérationnelle, avec une mise en service initialement envisagée pour la fin de 2026.
Suez, d’un passage maritime à un pôle industriel
L’ambition égyptienne dépasse le transport ferroviaire. La zone économique du canal de Suez a attiré environ 16 milliards de dollars d’investissements, soit près de 9 400 milliards de FCFA, en moins de quatre ans. Ces capitaux soutiennent le développement de plateformes logistiques, d’installations portuaires et d’activités industrielles.
Le ministre de la Planification et du Développement économique, Ahmed Rostom, présente ces investissements comme un moyen d’offrir davantage d’options aux partenaires commerciaux de l’Égypte. Le Caire cherche ainsi à capter non seulement les revenus du transit, mais également ceux du stockage, de la transformation industrielle et des services associés aux échanges internationaux.
Une alternative complémentaire, pas un remplacement
Le développement ferroviaire pourrait également favoriser les échanges avec d’autres régions africaines, notamment dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Cette perspective dépendra toutefois de la connexion effective des corridors égyptiens aux réseaux commerciaux du continent.
Le transport terrestre présente aussi des contraintes. Le déchargement des navires, la manutention des conteneurs et leur réexpédition représentent des coûts supplémentaires. Pour les cargaisons importantes, le passage maritime demeure généralement plus avantageux.
La stratégie égyptienne consiste donc moins à remplacer le canal de Suez qu’à diversifier les solutions commerciales dans une région exposée aux crises géopolitiques. Si les infrastructures tiennent leurs promesses, Le Caire pourrait consolider son rôle de carrefour entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe, tout en réduisant sa vulnérabilité aux perturbations du trafic maritime.
La Rédaction

