Ramasser les ordures est une chose. Organiser un service capable de fonctionner durablement, d’entretenir ses équipements et de rémunérer ses agents en est une autre. Dans la commune Yoto 2, au sud-est du Togo, une nouvelle initiative de gestion des déchets pose une question essentielle pour les collectivités locales : comment transformer l’assainissement en un service de proximité viable, sans le faire dépendre indéfiniment des financements extérieurs ?
Dans de nombreuses localités, les difficultés liées aux déchets ménagers ne tiennent pas uniquement à l’absence de poubelles ou de moyens de transport. Elles révèlent aussi les limites d’une organisation où la collecte reste irrégulière, les responsabilités dispersées et les ressources financières insuffisantes pour assurer la continuité du service.
À Ahépé Apédomé, la commune Yoto 2 tente d’apporter une réponse à cette difficulté structurelle. En partenariat avec l’ONG Moi Jeu Tri, elle met en place un dispositif associant tri à domicile, collecte régulière, valorisation des matières organiques et participation financière des habitants. Présentée le 30 septembre, l’initiative dépasse ainsi le seul objectif de propreté : elle expérimente un modèle local de gestion des déchets fondé sur la responsabilité partagée.
Faire du ménage le premier maillon du service
Le fonctionnement repose sur un principe simple : la gestion des ordures commence avant leur enlèvement. Les ménages concernés doivent recevoir une poubelle destinée à faciliter le tri à la source, tandis qu’une équipe de six jeunes assurera la collecte à l’aide de tricycles, à raison de deux passages hebdomadaires.
Les déchets récupérés seront acheminés vers un site aménagé pour être séparés et traités. La fraction organique, notamment les résidus alimentaires et végétaux, doit être transformée en compost.
Cette organisation cherche à réduire la quantité de déchets abandonnés dans l’environnement tout en donnant une utilité économique à certaines matières habituellement considérées comme inutilisables. Elle exige cependant une régularité à chaque étape. Un tri mal effectué complique le traitement, tandis qu’une collecte interrompue risque de décourager les ménages ayant accepté de modifier leurs habitudes.
La réussite du dispositif dépendra donc autant de la qualité du service que de l’adhésion des habitants.
Le financement, véritable test de durabilité
L’aspect le plus structurant du projet réside dans son mécanisme financier. Les ménages devront verser une contribution calculée selon leur taille. Les sommes recueillies serviront notamment à rémunérer les collecteurs et à assurer l’entretien des tricycles.
Ce choix introduit une logique de service régulier plutôt que d’opération ponctuelle de salubrité. Mais il soulève une question déterminante : les contributions permettront-elles de couvrir durablement les dépenses sans devenir trop lourdes pour les familles aux revenus modestes ?
La réponse dépendra du taux d’adhésion, de la régularité des paiements, du coût réel des déplacements et de la transparence dans l’utilisation des fonds. Le dimensionnement initial, limité à six collecteurs, devra également être confronté aux distances à parcourir et aux volumes effectivement produits.
L’équilibre économique du système reste donc à démontrer. La remise d’équipements constitue un point de départ, non une garantie de pérennité.
Une économie locale encore à construire
Au-delà de l’assainissement, l’initiative ouvre une perspective d’activité pour les jeunes et les femmes. La collecte crée des emplois directs, tandis que le compostage pourrait développer une chaîne de valorisation utile aux activités agricoles locales.
Encore faudra-t-il garantir la qualité du compost, identifier ses utilisateurs et organiser, si nécessaire, sa distribution. La transformation des déchets en ressource ne devient économiquement significative que lorsqu’elle répond à un besoin réel.
Pour Yoto 2, l’enjeu est également institutionnel. Dans un contexte de décentralisation, les communes sont appelées à répondre à des attentes croissantes en matière de services essentiels, souvent avec des moyens limités. L’expérience engagée à Ahépé Apédomé permettra d’apprécier la capacité d’une collectivité, d’une organisation partenaire et des habitants à construire ensemble un dispositif opérationnel.
La véritable mesure du succès ne sera donc pas le nombre de poubelles distribuées, mais la régularité des collectes, la quantité de déchets effectivement valorisés et la capacité du service à fonctionner dans la durée. À Yoto 2, l’assainissement devient aussi une épreuve de gestion locale.
La Rédaction
Source : ATOP, informations relatives au projet communal de gestion des déchets ménagers à Ahépé Apédomé.

