La pêche maritime togolaise traverse l’une de ses périodes les plus critiques. En l’espace de quinze ans, la production nationale a chuté au point de ne plus satisfaire qu’un tiers des besoins du pays en protéines animales d’origine marine. Une situation jugée alarmante par les professionnels du secteur, qui pointent du doigt deux causes majeures : les effets du changement climatique et l’explosion de la pêche illicite dans les eaux togolaises.
Selon Abdou Dermane Adam Mouhamadou, secrétaire général adjoint de la Fédération nationale des unions de coopératives de pêcheurs du Togo, les chiffres parlent d’eux-mêmes :
« Aujourd’hui, c’est avec des efforts que nous atteignons 30 % de la demande nationale. Je dis bien le tiers. Il y a du travail à faire. »
La comparaison avec les niveaux de production de 2010 est édifiante. Le recul est si net qu’il remet en question la viabilité à long terme du secteur. Les stocks marins sont en chute libre, et les écosystèmes ne parviennent plus à se régénérer. La pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), est devenue un fléau : elle vide les eaux de leurs ressources, détruit les habitats marins et compromet gravement la reproduction naturelle des espèces
« Quand on parle de pêche illicite, ce n’est pas un mythe. Elle a contribué directement à l’effondrement des stocks. Le poisson n’arrive plus à se reproduire normalement. Et sans régénération, il ne peut plus y avoir de pêche durable », ajoute Abdou Dermane.
Ce constat s’ajoute à une problématique écologique plus large : la surpêche, combinée aux pratiques destructrices, empêche les ressources halieutiques de se renouveler. Dans un pays où des milliers de familles vivent directement de la pêche et de la consommation du poisson, ce déclin menace autant la sécurité alimentaire que la stabilité économique des communautés côtières.
Face à cette urgence, les professionnels plaident pour un sursaut. Des contrôles renforcés, une lutte plus rigoureuse contre les pratiques illégales et une gestion durable des ressources s’imposent.
« Il est temps d’arrêter ces pratiques. Si nous agissons maintenant, peut-être que dans trois ans, la nature pourra commencer à guérir, et les productions repartiront », conclut Abdou Dermane.
Le redressement du secteur halieutique togolais n’est plus une option. Il conditionne non seulement l’équilibre environnemental des côtes, mais aussi la souveraineté alimentaire du pays.
La Rédaction

