La reprise des combats dans le Tigré et les régions voisines compromet désormais l’accès aux populations. Routes bloquées, vols suspendus et télécommunications perturbées compliquent l’acheminement des secours, alors que les Nations unies redoutent une nouvelle guerre généralisée dans le nord de l’Éthiopie.
Dans le nord de l’Éthiopie, l’escalade militaire menace aussi les derniers circuits d’assistance humanitaire. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) alerte sur la dégradation des conditions d’intervention dans le Tigré et certaines zones de l’Amhara, où les restrictions de déplacement compliquent l’approvisionnement des communautés affectées.
La situation est particulièrement préoccupante pour les populations déjà fragilisées par la guerre de 2020 à 2022. Plusieurs organisations humanitaires ont réduit leurs activités en raison du manque de financement, tandis que les nouveaux affrontements risquent de provoquer d’autres déplacements.
Des secours de plus en plus difficiles à acheminer
Selon l’OCHA, un camion transportant une aide alimentaire destinée aux personnes déplacées a été touché par une frappe de drone le 21 septembre dans le nord-ouest du Tigré. Dans certaines parties de l’Amhara, des saisies de véhicules et de matériel humanitaires ont également perturbé les opérations.
La suspension des liaisons aériennes, les routes bloquées et les perturbations des télécommunications compliquent parallèlement le travail des équipes présentes sur le terrain. Ces difficultés limitent non seulement les livraisons de secours, mais aussi l’identification des besoins dans les localités devenues difficilement accessibles.
L’Union européenne a annoncé le 28 septembre une enveloppe portant son aide humanitaire à l’Éthiopie à 61 millions d’euros pour 2026, soit environ 40 milliards de FCFA. Toutefois, la disponibilité des financements ne garantit pas, à elle seule, l’accès aux populations lorsque les conditions sécuritaires empêchent les interventions.
Les civils davantage exposés aux violences
L’intensification des combats s’accompagne de nouvelles inquiétudes concernant la protection des civils. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a notamment signalé que cinq écoles du Tigré auraient été touchées le 22 septembre par des frappes aériennes attribuées aux forces fédérales éthiopiennes, faisant des morts et des blessés.
Une frappe au mortier à Kobo, dans l’Amhara, aurait également causé des victimes civiles le lendemain. L’ONU fait par ailleurs état de préoccupations concernant des recrutements forcés, y compris d’enfants, ainsi que d’autres violations présumées des droits humains.
La pression sur les établissements sanitaires augmente également. Médecins sans frontières a rapporté une forte hausse des blessés de guerre dans les hôpitaux de Korem et d’Alamata, leur nombre passant d’environ 180 à plus de 420 entre le 22 et le 25 septembre.
Préserver l’accès humanitaire avant une nouvelle catastrophe
Face à cette détérioration, António Guterres appelle les parties à la retenue et à la reprise du dialogue dans le cadre de l’accord de Pretoria, signé en novembre 2022. Son envoyé spécial pour la Corne de l’Afrique, Guang Cong, poursuit des consultations en coordination avec l’Union africaine et l’IGAD afin de favoriser une désescalade.
Mais au-delà des efforts diplomatiques, l’urgence consiste à maintenir des voies d’accès sûres pour les organisations humanitaires. Les déplacements de population, l’insécurité alimentaire et la réduction des capacités d’intervention pourraient rapidement aggraver une crise dont les conséquences de la précédente guerre ne sont toujours pas résorbées.
Dans le nord de l’Éthiopie, le danger ne réside donc plus seulement dans la reprise d’un conflit généralisé. Il tient aussi à l’isolement progressif de communautés qui risquent de perdre l’accès aux secours indispensables à leur survie.
La Rédaction
Sources : ONU ; OCHA ; Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme ; Médecins sans frontières ; Commission européenne, septembre 2026.

