Le Mali, le Burkina Faso et le Niger veulent accélérer leur intégration commerciale et industrielle. Mais les trois pays partagent déjà une monnaie, une union douanière et appartiennent à un marché commun au sein de l’UEMOA. À Bamako, les travaux préparatoires à une nouvelle réunion ministérielle de l’AES posent donc une question centrale : quel espace économique la Confédération cherche-t-elle réellement à construire ?
Après l’intégration politique et sécuritaire, l’Alliance des États du Sahel cherche à donner davantage de contenu économique à sa Confédération. Des experts des trois pays ont ouvert samedi à Bamako deux jours de travaux préparatoires à la cinquième réunion des ministres chargés de l’Industrie et du Commerce, prévue lundi.
Les discussions portent sur les obstacles à la circulation des personnes et des marchandises, le financement des secteurs stratégiques, l’investissement ou encore la facilitation des échanges. Une centrale d’achat de produits essentiels, un Observatoire du climat des affaires et l’harmonisation de certaines règles figurent également parmi les projets examinés.
Un marché commun existe déjà
La particularité du chantier tient à la situation institutionnelle des trois pays. Malgré leur retrait de la CEDEAO, le Mali, le Burkina Faso et le Niger restent membres de l’UEMOA et utilisent toujours le franc CFA. L’Union rassemble huit États et repose précisément sur la construction d’un marché commun fondé sur la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux, ainsi que sur un tarif extérieur commun et une politique commerciale commune.
Une union douanière fonctionne en outre depuis 2000. Les marchandises reconnues comme originaires de l’UEMOA peuvent circuler entre les États membres sans droits de douane ni taxes d’effet équivalent.
L’AES ne part donc pas d’une page blanche. Elle construit ses propres mécanismes économiques à l’intérieur d’une architecture régionale dont ses trois membres continuent de relever.
De la règle commune à son application
Ce chevauchement n’enlève pourtant pas toute justification au chantier confédéral. L’UEMOA reconnaît elle-même que la libre circulation reste imparfaite dans la pratique. Entraves tarifaires et non tarifaires, contrôles sur les corridors, application incomplète de certaines réformes et difficultés rencontrées par les entreprises continuent de limiter le fonctionnement du marché commun.
C’est précisément dans cet espace que l’AES peut chercher sa valeur ajoutée. Les trois gouvernements travaillent à un cadre commun de certification et de contrôle de la qualité, à l’harmonisation des dispositifs d’investissement et à des mesures contre la fraude et la concurrence déloyale.
La centrale d’achat projetée va plus loin. Si elle devient opérationnelle, elle pourrait donner aux trois États une capacité commune pour négocier et sécuriser l’approvisionnement de certains produits essentiels. L’intégration ne concernerait alors plus seulement la circulation des marchandises, mais également la coordination de certaines décisions économiques.
Construire un étage économique confédéral
L’enjeu n’est donc pas nécessairement de reproduire à trois ce que l’UEMOA organise déjà à huit. Il pourrait être de créer un étage supplémentaire d’intégration entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, autour de priorités qu’ils souhaitent traiter ensemble.
Cette ambition devra cependant s’articuler avec leurs engagements communautaires existants. Le tarif extérieur commun, les règles d’origine, la politique commerciale et plusieurs normes économiques relèvent déjà du cadre de l’UEMOA. Toute architecture propre à l’AES devra donc trouver sa place dans cet ensemble tant que les trois États y demeurent membres.
La réunion ministérielle attendue lundi sera surtout observée sur ce terrain : calendrier des projets, financement, fonctionnement de la centrale d’achat et traduction concrète de la feuille de route.
Après avoir affirmé son autonomie politique vis-à-vis de la CEDEAO, l’AES cherche ainsi son contenu économique. Son défi sera moins de proclamer un nouveau marché que de démontrer ce qu’une intégration à trois peut apporter de plus à trois pays qui appartiennent déjà au même marché commun.
La Rédaction

