Deux jours après les affrontements qui ont marqué la mobilisation de la Coalition Article 64 à Kinshasa et les dispersions enregistrées dans plusieurs villes, le débat sur une éventuelle modification de la Constitution change de terrain. L’opposition a porté la contestation dans la rue, sans démontrer encore une mobilisation massive. Les violences du 15 septembre ouvrent toutefois un nouveau front dans le bras de fer politique.
Mardi 15 septembre, jour de rentrée parlementaire en République démocratique du Congo, l’opposition voulait opposer la rue au Palais du Peuple. Deux jours plus tard, la mobilisation de la Coalition Article 64 (C64) laisse une image plus complexe : des rassemblements diversement suivis, plusieurs manifestations empêchées ou dispersées, mais surtout des affrontements à Kinshasa et de graves accusations formulées par ses dirigeants.
Réunissant notamment Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga, la C64 entend empêcher toute initiative susceptible, selon elle, d’ouvrir la voie à un changement de Constitution et à un éventuel troisième mandat de Félix Tshisekedi.
Une mobilisation nationale, mais très inégale
À Kinshasa, Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga ont pris part au mouvement. À Limete, le cortège a été perturbé par des affrontements impliquant des manifestants, les forces de l’ordre et des jeunes présentés par l’opposition comme appartenant à la Force du progrès, structure liée à l’UDPS. La police a fait usage de gaz lacrymogènes et de tirs de sommation.
La mobilisation a connu des fortunes diverses ailleurs dans le pays. Des rassemblements ont été empêchés ou dispersés dans plusieurs villes, notamment à Kananga, tandis que la manifestation a pu se tenir à Bandundu. Ce bilan contrasté empêche de présenter le 15 septembre comme une démonstration de force nationale. Il montre néanmoins que la C64 cherche à déplacer sur le terrain une bataille jusque-là essentiellement institutionnelle.
Les accusations de Fayulu déplacent le débat
Blessé lors des incidents de Kinshasa, Martin Fayulu affirme avoir été confronté à des hommes munis de machettes et accuse directement Félix Tshisekedi d’avoir organisé un « guet-apens ». Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga ont également mis en cause des membres de la Force du progrès et l’attitude des forces de l’ordre.
Ces accusations restent celles de l’opposition. Aucun élément indépendant disponible ne permet d’établir que le président Tshisekedi aurait personnellement organisé les violences. Le gouvernement conteste pour sa part le récit de ses adversaires, son porte-parole Patrick Muyaya les accusant notamment de diffuser de fausses informations et de perturber les activités de la population.
Le référendum au cœur de la méfiance
Derrière les affrontements demeure le véritable objet du conflit : la Constitution. La C64 s’inquiète notamment du retour devant le Parlement de la loi portant organisation du référendum, renvoyée pour une nouvelle délibération après les réserves de la Cour constitutionnelle.
La coalition y voit le signe que l’hypothèse d’un changement constitutionnel reste ouverte et affirme vouloir protéger les dispositions relatives à la durée et à la limitation des mandats présidentiels. Une distinction reste toutefois essentielle : le retour d’une loi organisant le référendum devant le Parlement ne signifie pas, à lui seul, qu’une modification des règles du mandat présidentiel a été décidée.
De l’unité des chefs à l’épreuve de la rue
Le 15 septembre constitue ainsi un premier test pour une coalition réunissant plusieurs poids lourds de l’opposition. Leur rapprochement élargit le front contre toute modification constitutionnelle, mais la mobilisation de mardi ne permet pas encore d’établir leur capacité à entraîner durablement une partie importante de la population.
La suite se jouera donc sur deux terrains. La C64 devra convertir l’unité de ses dirigeants en capacité de mobilisation, tandis que le pouvoir sera observé sur la manière dont les prochaines contestations seront encadrées.
La bataille constitutionnelle congolaise ne se déroule ainsi plus uniquement au Parlement ou devant la Cour constitutionnelle. Elle possède désormais un prolongement dans la rue. Le 15 septembre n’a pas tranché le rapport de force, mais il a ouvert un nouveau terrain de confrontation politique.
La Rédaction
Sources : Radio Okapi ; Associated Press ; Actualite.cd ; Coalition Article 64.

