À Madagascar, la transition politique n’a pas encore trouvé son rythme que la présidentielle commence déjà à façonner les comportements. Officiellement, aucune campagne n’est lancée. Dans les faits, le pays est entré dans une phase d’observation stratégique où chaque déplacement, chaque prise de parole et chaque positionnement révèle des ambitions latentes.
Au cœur de cette dynamique figure le colonel Michaël Randrianirina, chef de l’État par intérim. Sans annoncer clairement sa candidature, ses tournées régionales et sa communication de proximité prennent l’allure d’une pré-campagne. Son avantage est institutionnel : il est déjà au sommet de l’appareil d’État. Mais son principal handicap reste politique : il ne dispose pas d’un véritable socle partisan. Or, à Madagascar, une élection ne se gagne pas sans réseau territorial, sans militants et sans alliances structurées.
Le camp issu de la refondation peine par ailleurs à afficher une unité réelle. Ce qui devait être un bloc de transition devient progressivement un espace de concurrence. Les rivalités internes, les calculs personnels et la course au positionnement fragilisent l’idée d’un candidat unique. Résultat : plusieurs figures avancent simultanément leurs pions.
À ce stade, huit profils se distinguent comme candidats potentiels : Randrianirina lui-même, Siteny Randrianasoloniaiko, président de l’Assemblée nationale, Marc Ravalomanana, poids lourd de la scène politique, Hajo Andrianainarivelo, Fanirisoa Ernaivo, Tahina Razafinjoelina, le député Antoine Rajerison et le maire Parisoa Andriambolanarivo.
Dans cette configuration, Marc Ravalomanana conserve un avantage structurel. Son parti TIM dispose encore d’implantations solides à travers le pays. Les tensions autour de ses activités économiques montrent que l’enjeu financier reste indissociable de la bataille électorale. À l’inverse, les profils plus jeunes incarnent un renouvellement du discours, mais restent limités par l’absence de machines politiques nationales.
Tahina Razafinjoelina, plus discret, apparaît comme un outsider capable de capter une partie de l’électorat lassé des duels traditionnels. Fanirisoa Ernaivo, forte de son rôle dans la transition, capitalise sur une image de fermeté face à l’ancien régime. Quant à Siteny Randrianasoloniaiko, son positionnement institutionnel le place naturellement dans l’équation présidentielle.
En toile de fond, le réseau du camp MAPAR, même sans Andry Rajoelina en première ligne, demeure une force régionale. Des alliances inattendues, y compris entre blocs historiquement rivaux, ne sont plus à exclure.
À Madagascar, la présidentielle se prépare longtemps avant les urnes. Aujourd’hui, la course n’est pas officielle, mais elle est déjà engagée dans les esprits et dans les rapports de force.
La Rédaction

