Confrontée à une nouvelle poussée de mobilisations anti-immigration et au départ de dizaines de milliers de ressortissants africains, l’Afrique du Sud refuse que la crise soit traitée comme une singularité nationale. Pretoria plaide pour un débat continental sur les causes des migrations, une stratégie qui élargit utilement le diagnostic mais ne dissipe pas les critiques sur la protection des étrangers sur son territoire.
La crise migratoire sud-africaine déborde désormais largement le cadre intérieur. Les manifestations exigeant l’expulsion des étrangers en situation irrégulière, les agressions signalées contre des migrants et les rapatriements organisés vers plusieurs pays voisins ont provoqué des tensions diplomatiques avec des États africains.
Le gouvernement sud-africain cherche à déplacer le débat. Pour le ministre des Relations internationales, Ronald Lamola, les violences et les mouvements de population observés dans son pays doivent être replacés dans une crise plus vaste, alimentée par les conflits, le chômage, les inégalités et la faiblesse des perspectives économiques sur le continent.
Pretoria refuse d’être seule au banc des accusés
Cette ligne est apparue clairement lors des échanges au sein de l’Union africaine. Le Ghana souhaitait que les tensions visant les ressortissants étrangers en Afrique du Sud soient examinées lors d’une prochaine réunion de l’organisation. Pretoria s’y est opposée, estimant qu’un débat centré sur son seul cas reviendrait à l’isoler sans traiter les facteurs structurels des migrations africaines.
L’Union africaine n’a finalement pas inscrit la proposition ghanéenne à l’ordre du jour de sa réunion de coordination, tout en soutenant le principe d’une discussion plus large sur les migrations à l’échelle continentale.
Pour Pretoria, le poids particulier de l’Afrique du Sud dans les flux migratoires tient à son attractivité économique relative et à la présence ancienne de communautés originaires du Malawi, du Zimbabwe, du Mozambique ou encore du Nigeria. Mais cet argument ne répond qu’en partie aux accusations portant sur les violences, les intimidations et les contrôles menés par des groupes civils.
Une pression intérieure devenue régionale
Les mouvements anti-immigration, dont March and March, réclament un durcissement des expulsions et du contrôle des frontières. Plusieurs migrants ont affirmé avoir été agressés ou contraints de quitter leur logement, tandis que des pays voisins ont organisé le retour de leurs ressortissants.
Selon les chiffres communiqués par les autorités, au moins 68 000 personnes ont été rapatriées ou expulsées entre juin et juillet, principalement vers le Malawi, le Zimbabwe et le Mozambique. La distinction entre départs volontaires et éloignements forcés reste toutefois imprécise.
La question doit être abordée lors du sommet de la Communauté de développement de l’Afrique australe prévu le 17 août à Durban. Pretoria souhaite y discuter des facteurs d’attraction et de départ, mais aussi des responsabilités partagées entre pays d’origine, de transit et d’accueil.
Le risque d’un déplacement de responsabilité
L’appel à une réponse africaine repose sur un constat fondé : les migrations ne peuvent être gérées durablement par un seul État. Elles exigent des politiques coordonnées sur l’emploi, les conflits, la circulation régionale et la gestion des frontières.
Mais la continentalisation du débat ne saurait exonérer l’Afrique du Sud de ses propres obligations. La lutte contre l’immigration irrégulière relève de l’État ; elle ne peut légitimer les violences collectives ni les pratiques de groupes qui se substituent aux autorités.
Pretoria tente ainsi de transformer une crise de réputation en chantier diplomatique continental. La réussite de cette stratégie dépendra de sa capacité à tenir les deux lignes simultanément : obtenir une coopération africaine sur les causes des migrations, tout en garantissant sur son territoire la sécurité et les droits des ressortissants étrangers.
La Rédaction

