La concertation nationale promise pour redéfinir les institutions malgaches tarde toujours à s’ouvrir. Plutôt que d’attendre un calendrier officiel encore incertain, des organisations citoyennes lancent leurs propres consultations à travers le pays. À Antananarivo, une cinquantaine de femmes issues de la société civile, de l’administration et des partis politiques travaillent déjà sur la future Constitution, la réforme électorale et l’accès aux droits.
Antananarivo — À Madagascar, le chantier de la refondation commence sans attendre le signal des institutions. Reportée à plusieurs reprises, la concertation nationale placée sous l’égide des Églises chrétiennes reste entourée d’incertitudes quant à son calendrier, à ses modalités et à la répartition des responsabilités entre ses organisateurs. Cette attente pousse désormais plusieurs composantes de la société civile à produire leurs propres diagnostics et propositions.
L’objectif n’est pas de créer un processus concurrent, mais d’éviter que les citoyens arrivent sans préparation lorsque les discussions officielles débuteront enfin. La réforme annoncée doit notamment contribuer à l’élaboration d’une nouvelle Constitution et à la révision du système électoral. Des organisations féminines ont donc choisi d’investir dès maintenant un débat susceptible de déterminer les équilibres institutionnels de la future Ve République.
Les femmes veulent peser avant la rédaction des textes
À Antananarivo, le Conseil national des femmes de Madagascar a réuni pendant deux jours une cinquantaine de participantes venues d’horizons différents. Responsables associatives, membres de partis, représentantes de l’administration, militantes de la nouvelle génération et femmes issues du monde rural confrontent leurs expériences afin d’établir des recommandations communes.
La démarche traduit une volonté de ne plus intervenir une fois les arbitrages essentiels déjà rendus. En préparant leurs positions en amont, les participantes entendent peser sur la définition des institutions, les règles électorales et les garanties juridiques qui pourraient être inscrites dans la future loi fondamentale.
Cette mobilisation prolonge d’autres initiatives engagées ces derniers mois pour associer davantage les femmes et les jeunes femmes aux consultations de la refondation. Celles-ci portent notamment sur leur représentation dans les institutions, leur participation à la gouvernance locale et leur accès effectif aux ressources économiques.
La question foncière remonte du monde rural
Parmi les préoccupations exprimées figure l’insécurité foncière, particulièrement lourde pour les femmes et les jeunes des zones rurales. La complexité des démarches administratives, leur longueur et leur faible accessibilité pour les personnes peu alphabétisées rendent difficile l’obtention de titres ou la sécurisation des terres exploitées.
La question dépasse la seule propriété. Elle conditionne l’accès au crédit, la transmission du patrimoine, l’investissement agricole et l’autonomie économique. Une réforme institutionnelle qui ignorerait ces réalités risquerait donc de demeurer éloignée des préoccupations d’une grande partie de la population.
Les consultations citoyennes cherchent précisément à faire remonter ces enjeux concrets vers un débat souvent dominé par les rapports entre institutions centrales, les équilibres politiques et l’architecture du pouvoir.
Des mesures pour corriger la sous-représentation politique
La future réforme électorale occupe également une place centrale. Certaines participantes défendent l’instauration de mécanismes de discrimination positive afin d’accroître la présence des femmes dans les assemblées élues et les différentes institutions publiques.
Cette revendication repose sur un constat : l’égalité formelle devant le suffrage ne suffit pas nécessairement à corriger les déséquilibres produits par les appareils politiques, les contraintes financières des campagnes ou les normes sociales qui limitent encore l’accès des femmes aux candidatures.
Les propositions pourraient prendre la forme de quotas, de règles de composition des listes ou d’incitations imposées aux formations politiques. Leur adoption éventuelle dépendra toutefois du contenu final du processus constitutionnel et de la capacité des organisations féminines à porter une position commune.
Une société civile qui refuse le rôle de spectatrice
En prenant les devants, les organisations citoyennes révèlent aussi les fragilités du dispositif officiel. Une concertation nationale n’a de portée que si son calendrier est lisible, sa méthode transparente et ses participants en mesure de préparer leurs contributions.
L’accumulation des reports risque, à l’inverse, d’alimenter la défiance et de donner l’impression que la refondation demeure enfermée dans des rivalités institutionnelles. Le dernier ajournement avait notamment été associé à des désaccords autour du pilotage du processus entre les autorités chargées de la refondation et le Conseil œcuménique des Églises chrétiennes.
Les consultations autonomes ne résoudront pas à elles seules cette difficulté. Elles peuvent néanmoins empêcher que le futur débat constitutionnel soit monopolisé par les seuls responsables politiques et experts juridiques.
À Madagascar, la société civile ne veut plus attendre d’être conviée pour réfléchir à l’avenir des institutions. Pendant que le calendrier officiel se cherche encore, elle rassemble déjà ses priorités. La réussite de la refondation dépendra désormais de la place que le processus national acceptera de leur accorder.
La Rédaction

