Une vague de disparitions et de meurtres secoue Madagascar, alimentant un climat de peur, particulièrement dans la capitale Antananarivo. Au-delà de l’émotion suscitée par ces crimes, plusieurs observateurs estiment que cette crise révèle les fragilités des institutions et les difficultés de l’État à rétablir la confiance de la population dans un contexte de transition politique.
Une recrudescence des disparitions
Depuis le début de l’année, la police malgache a enregistré 172 disparitions, dont 91 concernent des enfants. À ce jour, huit corps ont été retrouvés, tandis que de nombreuses familles restent sans nouvelles de leurs proches.
Face à cette situation, les autorités ont renforcé le dispositif sécuritaire. Plus de 1 500 policiers, gendarmes et militaires ont été déployés à Antananarivo afin d’assurer des patrouilles permanentes. Malgré cette présence accrue des forces de sécurité, un sentiment d’insécurité continue de gagner la population, poussant de nombreux habitants à limiter leurs déplacements.
Une crise qui dépasse la seule question sécuritaire
Pour Ketakandriana Rafitoson, responsable de Transparency International Initiative Madagascar, cette vague de violences ne peut être réduite à une succession de faits divers.
Selon elle, ces événements traduisent une crise plus profonde entre les citoyens et les institutions chargées de garantir leur sécurité. Lorsque les enquêtes peinent à aboutir, que les auteurs ou les commanditaires ne sont pas clairement identifiés et que les crimes se multiplient, la confiance dans l’action publique s’érode progressivement.
Cette défiance nourrit un climat d’inquiétude qui dépasse largement les seules victimes directes.
La transparence institutionnelle en question
Interrogée sur l’hypothèse de réseaux criminels organisés, la militante appelle à la prudence, estimant qu’il appartient aux enquêteurs d’établir les responsabilités.
Elle souligne toutefois que la lutte contre le crime organisé exige des institutions solides, transparentes et capables de démanteler les réseaux de complicité qui facilitent ces activités.
Selon son analyse, l’affaiblissement des mécanismes de contrôle et le manque de transparence favorisent l’émergence de systèmes où des intérêts privés prennent le pas sur l’intérêt général, compromettant ainsi l’efficacité de l’État et la sécurité des citoyens.
Une transition politique sous tension
Cette crise sécuritaire intervient alors que Madagascar traverse une période de forte instabilité politique. Depuis le changement de pouvoir intervenu en octobre 2025, les autorités de transition font face à des pressions croissantes pour rétablir un ordre constitutionnel et organiser un retour à un régime civil.
Le gouvernement considère que certains actes criminels visent à déstabiliser la transition. La Première ministre Mamitiana Rajaonarison a récemment affirmé que ces violences cherchaient à fragiliser les institutions en place.
L’urgence d’une réponse durable
Pour Ketakandriana Rafitoson, la priorité immédiate reste l’identification des responsables, la protection des populations et un accompagnement des familles touchées par ces drames.
Mais au-delà des réponses sécuritaires, elle estime que Madagascar devra engager un travail de fond pour restaurer la confiance dans ses institutions. Cela passe notamment par un renforcement de la transparence, de l’indépendance de la justice, de la redevabilité des pouvoirs publics et des mécanismes de contrôle démocratique.
À ses yeux, la lutte contre l’insécurité ne pourra produire des résultats durables que si elle s’accompagne d’un renforcement de la gouvernance et d’une restauration de la confiance entre l’État et les citoyens.
La Rédaction

