La décision de Washington de mettre fin à son soutien logistique aux opérations onusiennes en Somalie relance les inquiétudes sur la stabilité du pays. L’Union africaine convoque une réunion d’urgence face au risque d’effondrement du dispositif sécuritaire.
ADDIS-ABEBA / MOGADISCIO — L’avenir de la mission de maintien de la paix en Somalie se trouve une nouvelle fois fragilisé. Les États-Unis ont annoncé leur intention de cesser, d’ici la fin de l’année, leur financement de la mission logistique des Nations unies en Somalie (UNSOS), un dispositif clé qui soutient les opérations de la force de l’Union africaine déployée dans le pays.
Cette décision a immédiatement provoqué une réaction de la Commission de l’Union africaine, qui a convoqué une réunion d’urgence vendredi 3 juillet à Addis-Abeba afin d’examiner les conséquences de ce retrait et les options disponibles pour maintenir la continuité des opérations sécuritaires et humanitaires.
Un pilier logistique au cœur du dispositif sécuritaire
La mission UNSOS constitue l’un des principaux soutiens opérationnels de la force de l’Union africaine en Somalie (AUSSOM), chargée d’appuyer les autorités fédérales de Mogadiscio dans leur lutte contre les shebab, groupe armé affilié à Al-Qaïda selon plusieurs sources internationales.
Cette mission, financée en grande partie par les Nations unies, assure des fonctions logistiques essentielles, notamment le transport des troupes, l’acheminement du matériel militaire et médical, la distribution des ressources, ainsi que les évacuations sanitaires. Elle permet ainsi à près de 12 000 soldats et policiers de la force africaine de rester opérationnels sur le terrain.
Une décision américaine aux motivations politiques et stratégiques
Washington justifie son désengagement par une accumulation de frustrations liées à l’évolution du conflit somalien. Les autorités américaines estiment que les progrès contre les shebab restent limités, malgré près de deux décennies d’engagement militaire et financier international.
Les États-Unis soulignent également les difficultés persistantes de gouvernance en Somalie, marquées par l’absence d’élections nationales au suffrage direct et par des tensions politiques internes récurrentes. Selon plusieurs analyses, ces facteurs auraient contribué à réduire l’efficacité des efforts internationaux de stabilisation.
Depuis le déploiement des premières missions africaines en 2007, les contributions américaines cumulées dépasseraient plusieurs milliards de dollars, notamment pour le financement de la logistique onusienne et le soutien aux contingents africains.
Une mission africaine sous pression financière et opérationnelle
La perspective d’un retrait du soutien logistique de l’ONU suscite de vives inquiétudes au sein de l’Union africaine. Selon plusieurs responsables, sans ce dispositif, la mission AUSSOM pourrait se retrouver dans l’incapacité de poursuivre ses opérations en Somalie après l’expiration de son mandat actuel, prévu pour fin 2026.
Des diplomates africains évoquent un scénario critique, estimant que la fin du soutien onusien entraînerait mécaniquement la paralysie de la mission. Dans ce contexte, la continuité de la présence internationale en Somalie apparaît directement menacée.
Pour plusieurs experts, cette évolution pourrait ouvrir un espace stratégique aux groupes armés, dans un pays où les forces gouvernementales peinent encore à assurer un contrôle territorial durable.
Une instabilité persistante sur le terrain
La situation sécuritaire en Somalie reste fragile. Les shebab, actifs depuis 2006, continuent de contrôler ou d’influencer de larges zones rurales et mènent régulièrement des attaques contre les forces gouvernementales et leurs partenaires internationaux.
Les tensions politiques internes compliquent également la stabilisation du pays, notamment en raison de rivalités entre élites politiques et de difficultés à consolider un appareil sécuritaire national autonome. Dans ce contexte, la dépendance aux forces internationales reste forte.
Un avenir incertain pour la mission africaine
Face à la perspective d’un désengagement financier majeur, les capacités de financement de la mission sont remises en cause. Les coûts logistiques et opérationnels d’une telle opération sont jugés particulièrement élevés, et les États contributeurs de troupes comme l’Union africaine elle-même disposent de marges limitées pour compenser le retrait des partenaires internationaux.
Pour plusieurs analystes, cette situation marque un tournant potentiel dans l’architecture de la sécurité en Somalie. Sans solution de remplacement au soutien onusien, l’avenir de la mission africaine apparaît de plus en plus incertain.
La Rédaction

