En Afrique, un phénomène technologique marquant émerge : celui des plateformes tout-en-un. Ces applications multifonctionnelles qui intègrent des services aussi variés que le transport, la banque mobile, la livraison et les paiements, gagnent du terrain sur le continent. Inspirées des modèles asiatiques à succès, ces solutions numériques cherchent à transformer le quotidien des Africains, tout en faisant face à une série de défis propres à la région.
L’une des entreprises les plus emblématiques de cette vague est Gozem, une startup fondée en 2018 au Togo. D’abord spécialisée dans les motos-taxis, Gozem a rapidement élargi son offre pour inclure des services comme la location de véhicules, la livraison de nourriture, et le transport en tricycles ou voitures. Le modèle qu’elle suit ? Celui des grandes plateformes asiatiques comme Grab ou Gojek, qui ont bâti leur succès en proposant une multitude de services à travers une seule application.
Raphaël Dana, l’un des cofondateurs de Gozem, souligne le potentiel considérable des marchés africains : “Plus le marché est sous-développé, plus il y a de place pour l’innovation. Nous nous positionnons sur des créneaux où il n’y a souvent aucun concurrent direct”, explique-t-il. En mars 2025, Gozem lancera “Gozem Money”, un service de paiement mobile qui permettra à ses utilisateurs de transférer de l’argent, régler des factures, ou encore payer des commerçants, avec l’ambition de toucher un large public dans des pays comme le Togo, le Bénin et bientôt le Congo.
Ce modèle n’est pas isolé. De nombreuses autres entreprises africaines se lancent dans l’aventure des plateformes tout-en-un. Par exemple, Orange a lancé fin 2023 l’application Max It, qui combine plusieurs services comme le paiement mobile via Orange Money, l’achat de crédit téléphonique, le streaming vidéo et le shopping en ligne. Elle est déjà disponible dans 14 pays et sera étendue à 17 pays d’ici la fin 2025.
Le groupe français a choisi de s’associer à Tencent, la maison mère de WeChat, afin d’apporter son expertise technique et d’enrichir son application avec des mini-applications créées par des partenaires. Selon Brutus Diakité, directeur des plateformes numériques d’Orange pour le Moyen-Orient et l’Afrique, l’objectif est de devenir un “guichet unique” pour tous les besoins numériques des utilisateurs. “Nous voulons être un endroit où tout est à portée de main”, ajoute-t-il.
Mais Orange ne part pas seul dans cette course. D’autres géants du secteur des télécommunications, comme Vodacom (via Vodapay) ou MTN (avec Ayoba), ont également lancé leurs propres plateformes tout-en-un. L’objectif est d’offrir aux utilisateurs une multitude de services au sein d’une même application pour les fidéliser. Jean-Michel Huet, consultant en nouvelles technologies chez Bearing Point, explique : “L’enjeu est de proposer une offre suffisamment large pour que les utilisateurs n’aient pas envie de changer de plateforme, surtout lorsque les prix varient.”
La compétition s’intensifie, et les obstacles à surmonter ne sont pas négligeables. L’Afrique est un continent aux 54 pays, chacun avec son propre cadre réglementaire, et les défis liés à l’accès à Internet, aux coûts des données et à la faible connectivité dans certaines régions restent importants. Cependant, l’enthousiasme autour des plateformes tout-en-un demeure palpable, d’autant que les smartphones sont devenus des outils essentiels pour l’accès aux services numériques en Afrique subsaharienne. Selon GSMA, l’association internationale des opérateurs de télécommunications, plus de 80 % des Africains devraient posséder un smartphone d’ici 2030, renforçant ainsi la pertinence des solutions numériques pour répondre à une gamme de besoins.
Ce contexte de forte croissance technologique, combiné à des marchés encore largement sous-exploités, offre un terreau fertile pour les entreprises qui souhaitent s’imposer comme des acteurs incontournables du quotidien numérique des Africains. Si des défis demeurent, l’avenir des plateformes tout-en-un en Afrique semble prometteur. L’innovation numérique pourrait bien devenir un moteur de transformation pour le continent, en particulier si ces solutions sont adaptées aux réalités locales.
La Rédaction

