NYALA – L’officialisation par les Forces de soutien rapide (FSR) de la création d’un « Conseil de sécurité et de défense » dans leurs bastions marque une étape décisive dans la recomposition du pouvoir soudanais. En dotant les zones sous leur contrôle d’un appareil sécuritaire autonome, les paramilitaires franchissent un seuil supplémentaire vers une fragmentation durable de l’État.
L’institutionnalisation d’un pouvoir proto-étatique
L’annonce, intervenue le lundi 1er juin, ne se limite pas à un ajustement organisationnel. Elle consacre la structuration d’un gouvernement parallèle basé à Nyala, dans le sud du Darfour, et dépourvu de reconnaissance internationale.
À la tête de ce dispositif se trouve le chef des FSR, le général Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti ». Autour de lui gravitent plusieurs figures issues de mouvements alliés, dont Abdelaziz el-Hilu, dirigeant du SPLM-Nord.
Le champ d’action de ce Conseil s’étend sur plusieurs zones sous contrôle des FSR, notamment au Darfour, au Kordofan et dans certaines parties du Nil Bleu, dessinant de facto un espace politico-militaire distinct.
Une architecture sécuritaire en voie de consolidation
Selon les éléments communiqués, cette nouvelle instance est chargée de définir les orientations militaires, de coordonner les opérations sur le terrain et de structurer une future force armée dans les territoires concernés.
Elle revendique également un rôle dans la lutte contre les groupes armés et les réseaux criminels, dans un contexte d’effondrement des institutions sécuritaires centrales.
Dans les faits, cette initiative s’inscrit dans une dynamique de construction progressive d’un appareil étatique alternatif.
Vers des institutions concurrentes de l’État central
Au-delà du domaine militaire, les FSR accélèrent la mise en place de structures administratives parallèles, incluant des services de police, de renseignement et des circuits économiques autonomes.
Cette stratégie accompagne la transformation du conflit, passé d’une lutte pour le contrôle du pouvoir central à une consolidation territoriale des zones sous influence.
Depuis le déclenchement de la guerre en avril 2023, les lignes de front se sont progressivement transformées en espaces d’administration concurrents.
Une dynamique de morcellement territorial
Cette évolution s’inscrit dans un processus plus large de délitement de l’État soudanais, amorcé dès la transition politique inachevée qui a suivi la chute d’Omar el-Béchir en 2019.
L’échec des tentatives de réforme du secteur sécuritaire a ouvert la voie à une multiplication d’acteurs armés et à la structuration de centres de pouvoir rivaux.
En consolidant des institutions parallèles, les FSR accentuent une logique de morcellement territorial du pays, opposant durablement Khartoum aux régions périphériques.
Une recomposition du paysage politique sous surveillance internationale
Sur le plan diplomatique, la communauté internationale continue de réaffirmer son attachement à l’unité et à l’intégrité territoriale du Soudan, tout en ne reconnaissant aucune légitimité au gouvernement parallèle installé à Nyala.
Mais sur le terrain, la coexistence de structures concurrentes rend de plus en plus hypothétique un retour rapide à un cadre étatique unifié.
À mesure que le conflit s’enracine, le Soudan s’installe dans une configuration de fragmentation durable, où plusieurs autorités exercent simultanément des formes distinctes de souveraineté sur des territoires disjoints.
La Rédaction

