À Dawaki, dans le nord du Nigeria, le marché local attire chaque semaine des milliers de visiteurs venus acheter ou vendre des chiens destinés à la consommation. Derrière cette activité quotidienne se cache l’un des plus grands centres de commerce de viande de canidés du pays, où se mêlent traditions, croyances et enjeux économiques.
Une filière profondément structurée
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le commerce de chiens à Dawaki repose sur une organisation claire. Les hommes s’occupent de l’approvisionnement, parcourant parfois des centaines de kilomètres, tandis que les femmes gèrent la vente et le traitement des animaux. Pour beaucoup de familles locales, ce commerce constitue une source essentielle de revenus pour subvenir aux besoins du foyer, allant de l’alimentation aux frais scolaires.
Croyances et usages traditionnels
Pour certains consommateurs, la viande de chien possède des vertus particulières : force, endurance, protection contre les maladies ou propriétés mystiques dans certaines préparations traditionnelles. Ces usages, profondément ancrés dans la culture locale, ne reposent cependant sur aucune base scientifique. Dans les grandes villes nigérianes, en revanche, les chiens sont majoritairement perçus comme animaux de compagnie ou auxiliaires de sécurité, illustrant un contraste culturel fort entre régions urbaines et rurales.
Débat éthique et sanitaire
Le commerce de viande de canidés suscite de vives controverses. Des vétérinaires et militants pour le bien-être animal dénoncent les risques sanitaires liés à l’abattage non réglementé et les implications éthiques de cette pratique. En 2021, une pétition a appelé à interdire cette activité, et certains législateurs locaux ont tenté de légiférer, sans parvenir à une interdiction nationale.
Une pratique qui dépasse le Nigeria
La cynophagie ne se limite pas au Nigeria. Elle est également présente en Afrique centrale et en Asie, notamment au Vietnam, en Chine ou en Corée du Sud. Partout, elle cristallise le débat entre respect des traditions et évolution des sensibilités contemporaines. À Dawaki, la pratique reste une réalité quotidienne pour ses acteurs, au croisement de la tradition, de la nécessité économique et de la controverse culturelle.
La Rédaction

