Dégradation et impact sur la pêche
Depuis plusieurs mois, la lagune Aby, située à Assinie France dans le sud-est de la Côte d’Ivoire, voit ses eaux se teinter de jaune et devenir boueuses, avec des dépôts d’argile et de matières visqueuses qui s’étendent progressivement vers la mer ouverte. Cette dégradation affecte directement la pêche locale. Le prix du kilo de poisson est passé d’environ 1 800 francs CFA (2,90 $) à 3 000 francs CFA (4,84 $), reflétant la baisse des captures. On estime à 3 500 le nombre de personnes dépendant de la pêche dans les villages autour de la lagune Aby, qui doivent continuer leur activité malgré la diminution des prises.
Origine et historique de la pollution
Les autorités et experts attribuent cette pollution à l’orpailage artisanal illégal pratiqué en amont sur les rivières reliant la Côte d’Ivoire au Ghana, notamment le long de la rivière Tanoé. Cette activité remue le fond des cours d’eau, rejetant de grandes quantités de boue et des produits chimiques tels que le mercure dans la lagune. Le phénomène n’est pas récent : en 2017, la compagnie nationale des eaux ivoirienne a fermé un point d’approvisionnement en eau potable à Bianouan, village situé à environ 20 km de la frontière ghanéenne, en raison de la décoloration de l’eau.
Écosystème de la lagune Aby et enjeux environnementaux
La lagune Aby constitue un écosystème vital, abritant une mangrove et servant de zone de reproduction pour de nombreuses espèces aquatiques. Près des trois quarts de son bassin versant proviennent du Ghana, où l’orpailage artisanal illégal est pratiqué depuis longtemps, limitant l’intervention directe des autorités ivoiriennes. Depuis 2017, la Côte d’Ivoire a mis en place plusieurs actions transfrontalières, notamment l’envoi de délégations au Ghana, la création d’un comité inter-étatique et la réalisation de missions régulières pour surveiller la qualité de l’eau et collecter des données scientifiques.
Impact de l’orpailage au Ghana et perspectives transfrontalières
La situation est également préoccupante pour le Ghana. La Commission ghanéenne des ressources en eau estime que 60 % des cours d’eau douce sont contaminés par les produits chimiques utilisés dans l’orpailage artisanal. Les tentatives de régulation ont jusqu’ici échoué, malgré des interventions militaires pour contrôler les mineurs non autorisés. L’orpailage artisanal illégal au Ghana demeure donc une menace pour l’environnement et les communautés locales, affectant la pêche, la biodiversité et la qualité de l’eau potable des régions frontalières.
La Rédaction

