Le silence qui règne aujourd’hui dans les villages de Woro et Nuku, au centre-ouest du Nigéria, contraste violemment avec l’horreur vécue par leurs habitants. Deux semaines après avoir ignoré une lettre d’extrémistes annonçant leur venue « pour prêcher », les communautés ont été frappées par une attaque d’une brutalité rare. Des hommes armés, arrivés à moto, ont semé la mort pendant près de dix heures.
Selon les témoignages recueillis, les assaillants sont entrés méthodiquement dans chaque concession. Ils tiraient, incendiaient maisons et boutiques, détruisant tout sur leur passage. Dans ces villages à majorité musulmane, aucune distinction n’a été faite entre femmes, enfants ou personnes âgées.
Maryam Muhammed, rescapée, décrit une scène impossible à oublier. Sa maison a été entièrement détruite, sa boutique pillée, et ses biens réduits en cendres. Mais ce sont surtout les images humaines qui la hantent encore. Elle raconte avoir vu des corps brûlés à l’intérieur de son domicile, certains décapités, d’autres mutilés au point d’être méconnaissables. Pour elle, comme pour beaucoup d’autres, il ne reste rien à sauver, ni matériellement ni moralement.
L’attaque ne s’est pas limitée aux incendies. D’après plusieurs survivants, les extrémistes ont rassemblé des villageois, leur ont attaché les bras dans le dos, puis les ont alignés avant de leur tirer une balle dans la tête. Une exécution collective qui marque l’une des opérations les plus meurtrières enregistrées au Nigéria ces derniers mois.
Abdullahi Ibrahim, lui aussi survivant, estime que cette tragédie est la conséquence directe de l’abandon des zones rurales. Selon lui, l’absence de protection et de services publics transforme ces communautés en cibles faciles pour des groupes armés qui agissent sans crainte de représailles. Il pointe une responsabilité structurelle : quand l’État est absent, la violence s’installe.
Pour Umar Bio Kabir, le traumatisme dépasse largement les pertes humaines. Même si l’armée déploie des soldats et que le gouvernement promet la sécurité, il doute que la communauté retrouve un jour son visage d’avant. Beaucoup d’habitants, dit-il, n’oseront plus revenir vivre là où leurs proches ont été exécutés ou brûlés vifs. Le tissu social est brisé, et la peur s’est durablement installée.
Les autorités locales évoquent au moins 162 morts, tandis que les habitants assurent que de nombreuses personnes ont également été enlevées. Le bilan réel pourrait donc être plus lourd. Cette attaque s’inscrit dans une vague de violences qui touche l’État de Kwara et d’autres régions du pays, où des groupes armés, criminels ou idéologiques, contestent l’autorité de l’État et se disputent le contrôle des territoires.
Au Nigéria, ces massacres rappellent que la crise sécuritaire ne se limite plus au nord-est historiquement touché par l’insurrection, mais s’étend désormais à d’autres zones. Woro et Nuku deviennent ainsi le symbole d’un pays où des villages entiers peuvent être rayés de la carte en quelques heures, laissant derrière eux des survivants sous le choc, sans certitude de retour ni de justice.
La Rédaction

