Au Nigéria, la colère ne vient pas seulement des familles touchées par l’insécurité ou des paysans chassés de leurs terres. Elle vient désormais de l’un des secteurs les plus stratégiques du pays : le pétrole et le gaz. Le syndicat des cadres du secteur, PENGASSAN, a rompu le silence. Il exige publiquement que l’État dévoile et traduise en justice les commanditaires du terrorisme, accusés d’alimenter les enlèvements, les attaques et la peur qui gangrènent l’économie.
Un secteur-clé qui sonne l’alarme
Lors de son Conseil exécutif national à Abuja, le président de PENGASSAN, Festus Osifo, a dénoncé l’aggravation de l’insécurité et l’inaction face aux réseaux financiers qui soutiennent des groupes armés. Pour lui, la nomination d’un nouveau ministre de la Défense ne changera rien si le gouvernement ne s’attaque pas aux véritables moteurs du chaos : ceux qui financent l’instabilité.
« Où sont-ils ? Pourquoi ne les avez-vous pas nommés ? Pourquoi ne sont-ils ni traqués, ni arrêtés, ni jugés ? », a martelé Osifo, appelant à rompre avec les déclarations symboliques et la politique de « minutes de silence ».
L’insécurité, un poison économique
PENGASSAN prévient : l’économie nigériane ne peut plus se permettre d’ignorer la question des sponsors du terrorisme. L’instabilité nourrit plusieurs crises à la fois :
•la flambée des prix alimentaires,
•la paralysie de l’agriculture dans les zones rurales,
•l’exode des talents, notamment dans les métiers pétroliers et techniques,
•la hausse des coûts de sécurisation des installations industrielles.
Ainsi, le terrorisme n’est pas seulement une menace sécuritaire : c’est un risque systémique pour le développement national.
Traquer l’argent du chaos
Le syndicat appelle l’État à une rupture : réorienter les budgets non essentiels vers la défense et l’équipement de pointe. Il demande surtout une stratégie nationale pour identifier les flux financiers suspects, protéger les enquêteurs et rendre publiques les poursuites contre les « grands invisibles » du terrorisme.
Selon PENGASSAN, seule une justice transparente pourra restaurer la confiance, permettre le retour des agriculteurs dans les zones agricoles, stabiliser les prix, et rassurer les investisseurs.
Le Nigéria face à son épreuve de vérité
Dans un pays où le terrorisme est souvent attribué à des « forces cachées » jamais nommées, l’appel d’un syndicat stratégique prend une dimension politique majeure. Le message est clair : la lutte contre le terrorisme ne pourra jamais aboutir si ses financiers restent protégés par le silence, l’impunité ou les alliances de pouvoir.
Le Nigéria est aujourd’hui confronté à une question déterminante, posée par ceux qui alimentent l’économie du pays : peut-on combattre le terrorisme sans révéler ceux qui le financent ?
La Rédaction

