L’annonce de l’arrivée de troupes égyptiennes en Somalie dans le cadre de la Mission de soutien de l’Union africaine en Somalie (AUSSOM) suscite une nouvelle crispation régionale. Si l’Éthiopie ne s’oppose pas formellement au déploiement, elle refuse que ces forces soient directement impliquées dans les opérations sur le terrain.
L’influence croissante de l’Égypte en Somalie
Depuis plusieurs mois, Le Caire multiplie les initiatives diplomatiques et militaires à Mogadiscio. Cette stratégie est perçue par Addis-Abeba comme une tentative d’élargir son influence dans la Corne de l’Afrique, au détriment de l’équilibre régional.
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Des inquiétudes stratégiques et sécuritaires
Les responsables éthiopiens redoutent avant tout que la présence égyptienne en Somalie serve à collecter des informations sensibles sur leurs capacités militaires et logistiques. La proximité géographique renforce ces craintes, alors même que les deux pays s’affrontent depuis plus d’une décennie autour du Grand barrage de la Renaissance (GERD).
Cette méfiance a été ravivée par l’accord entre Addis-Abeba et le Somaliland, qui vise à donner à l’Éthiopie un accès à la mer en échange d’une reconnaissance diplomatique. Mogadiscio a dénoncé ce pacte comme une atteinte à sa souveraineté, un contexte dans lequel l’appui égyptien apparaît comme un contrepoids direct.
Le vieux rêve maritime de l’Éthiopie
L’opposition éthiopienne à la présence militaire égyptienne s’inscrit aussi dans un cadre plus large : celui de son ambition d’accéder à un débouché maritime.
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Depuis la perte de sa façade maritime en 1993, Addis-Abeba cherche à retrouver un accès stratégique à la mer. Cette obsession nourrit ses tensions avec ses voisins et explique en partie sa sensibilité face à la présence d’autres puissances dans la région.
La mission de reconnaissance égyptienne
Lundi, une délégation de 16 officiers égyptiens, conduite par le général Islam Radwan, est arrivée à Mogadiscio pour préparer le déploiement. Reçue par les responsables de l’AUSSOM et de l’armée nationale somalienne (SNAF), elle a participé à un briefing sécuritaire au quartier général de la mission.
L’ambassadeur éthiopien en Somalie, Suleiman Dedefo, a déclaré que son pays ne se sentait « ni menacé ni à l’aise » face à cette présence, estimant que les efforts militaires de l’Égypte seraient « plus utiles dans des pays voisins comme la Palestine, la Libye ou le Soudan ».
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Une stabilité régionale sous tension
Pour l’Union africaine, le défi est désormais de maintenir la cohésion de l’AUSSOM malgré ces rivalités bilatérales. La Somalie, déjà confrontée à l’insécurité persistante des shebabs, ne peut se permettre de devenir un nouveau terrain de confrontation entre Le Caire et Addis-Abeba.
La Rédaction

