À six mois de la présidentielle, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) joue son avenir sur une seule carte : Tidjane Thiam. Radié de la liste électorale, le banquier devenu leader politique ne peut plus, pour l’heure, briguer la magistrature suprême. Mais pour le plus vieux parti du pays, il demeure le seul et unique plan. Une posture qui révèle, en creux, la profonde fragilité d’une formation pourtant légendaire.
Un parti sans filet
« Tidjane Thiam ou rien. » Le message, martelé par les cadres du PDCI, sonne autant comme une fidélité indéfectible que comme un aveu d’impuissance. Le parti, qui a façonné l’histoire politique de la Côte d’Ivoire depuis l’indépendance, semble aujourd’hui incapable de se réinventer sans l’aura de son président. Aucune figure alternative n’émerge, aucun plan B n’est envisagé officiellement. En interne, la ligne est claire : le candidat reste le même, quelles que soient les décisions judiciaires.
Une dépendance révélatrice
Le retour de Tidjane Thiam avait été salué comme un coup de maître. Son image internationale, son parcours sans tache et son éloignement des querelles locales faisaient de lui un recours naturel pour une génération politique en mal de renouvellement. Mais cette stratégie du tout-Thiam s’est transformée en dépendance. Et face à son exclusion provisoire du processus électoral, le PDCI paraît désarmé, presque figé.
Le spectre de la fragmentation
Derrière la façade d’unité, les tensions montent. Certains cadres s’interrogent, en coulisse, sur l’intérêt de maintenir une ligne aussi rigide. Faut-il vraiment aller jusqu’à l’échéance avec un candidat juridiquement bloqué ? Des ambitions longtemps contenues pourraient ressurgir si la situation perdure. Le risque est réel : celui d’un éclatement ou, au mieux, d’une campagne en roue libre, sans dynamique ni relais populaire.
Une stature historique, un isolement actuel
Ce qui frappe, c’est le contraste entre le poids symbolique du PDCI et sa posture actuelle. Fondateur de la République moderne, ancien parti unique, grand artisan de la paix à plusieurs moments clés de l’histoire du pays, le PDCI apparaît aujourd’hui comme replié sur lui-même, incapable de peser autrement que par l’intermédiaire d’un homme. Même ses alliances traditionnelles semblent fragilisées.
L’appel à l’extérieur
Dans un geste rare, le parti en appelle à la communauté internationale. L’objectif : faire pression pour le rétablissement de Tidjane Thiam sur les listes électorales. Mais ce recours extérieur, s’il traduit une volonté d’équité, témoigne aussi d’un isolement croissant sur le plan national. L’ancien grand parti de gouvernement apparaît désormais comme une force d’opposition en difficulté, cherchant des appuis au-delà des frontières pour combler son déficit de leviers internes.
Une présidentielle à haut risque
Le pari du PDCI est clair : forcer le système à réintégrer son champion. Mais s’il échoue, il risque de se retrouver sans candidat, sans cap, sans souffle. Dans un paysage politique en mutation, où les nouveaux partis grignotent du terrain et où le RHDP conserve une machine électorale redoutable, la survie du PDCI pourrait bien se jouer maintenant — dans sa capacité ou non à se redéfinir.
La Redaction

