Le Conseil constitutionnel camerounais a tranché : Maurice Kamto ne participera pas à l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Ce rejet, désormais irrévocable, suscite de vives réactions dans le paysage politique camerounais.
Un rejet confirmé, sans voie de recours
Le verdict est tombé le 5 août 2025. Le Conseil constitutionnel a définitivement invalidé la candidature de Maurice Kamto, pourtant l’un des opposants les plus en vue du régime de Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. Cette décision vient entériner celle d’ELECAM (Elections Cameroon), qui avait déjà refusé son dossier le 26 juillet, invoquant une « pluralité d’investitures » au sein du même parti, le MANIDEM.
Kamto, qui s’était désolidarisé du MRC (Mouvement pour la Renaissance du Cameroun), espérait une relance politique via son investiture par le Mouvement africain pour une nouvelle indépendance et la démocratie. Mais l’existence d’une autre candidature déposée par Dieudonné Yebga, également sous l’étiquette du MANIDEM, a suffi à invalider son dossier. La loi électorale camerounaise interdit en effet à un parti de présenter plusieurs candidats à la même élection.
Une décision politiquement explosive
Ce rejet n’a laissé personne indifférent. Dans les rangs de l’opposition, on dénonce une stratégie d’éviction orchestrée. Pour de nombreux soutiens de Kamto, cette exclusion traduit une volonté claire du pouvoir en place de verrouiller le scrutin et d’affaiblir toute alternative crédible.
« Il ne s’agit pas d’une erreur administrative, mais d’un sabotage politique », a affirmé un proche de l’ancien candidat de 2018. Rappelons que lors de ce dernier scrutin, Kamto était arrivé en deuxième position avec environ 14 % des voix, selon les résultats officiels.
Des voix s’élèvent également dans la société civile pour dénoncer un climat électoral de plus en plus fermé. Plusieurs ONG locales et internationales expriment leurs inquiétudes quant à la régularité du processus électoral en cours, soulignant que l’exclusion d’un des principaux leaders de l’opposition sape la crédibilité du scrutin.
Une élection à faible suspense ?
Avec l’éviction de Maurice Kamto, la présidentielle camerounaise de 2025 semble plus que jamais s’orienter vers un scrutin à sens unique. Paul Biya, 92 ans, pourrait briguer un nouveau mandat malgré les controverses liées à son âge avancé et à la longévité de son pouvoir.
À moins d’un sursaut dans l’échiquier politique, les chances d’alternance apparaissent réduites, ce qui pourrait alimenter l’abstention ou la contestation populaire. Certains analystes craignent d’ailleurs que l’exclusion de Kamto ravive des tensions sociales, notamment dans les grandes villes comme Douala et Yaoundé, où ses partisans sont très présents.
Que reste-t-il de l’opposition ?
L’élimination de Maurice Kamto laisse un vide difficile à combler. D’autres candidats issus de partis plus modestes ont bien déposé leur candidature, mais aucun ne bénéficie du même capital politique ou de la même visibilité nationale. Pour les électeurs en quête de changement, les options paraissent désormais limitées.
La décision du Conseil constitutionnel, bien qu’irrévocable, pourrait cependant ne pas clore le débat. Plusieurs juristes évoquent la possibilité d’un recours international ou d’une interpellation symbolique des institutions régionales africaines. Mais en l’état actuel du droit camerounais, la messe est dite : Kamto ne sera pas sur les bulletins de vote en octobre.
La Rédaction

