Le 1er juillet 2025, l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) a officiellement cessé ses activités. Six mois après l’annonce choc du président Donald Trump de supprimer l’aide publique au développement, l’Afrique mesure l’ampleur des dégâts. La brutalité de la décision, son exécution rapide et le silence qui l’a suivie laissent un vide douloureux pour des millions de bénéficiaires et mettent à l’épreuve la résilience de nombreuses nations du continent.
Une fin programmée, sans compromis
Le 20 janvier 2025, à peine revenu à la Maison Blanche, Donald Trump choisit un symbole fort : suspendre l’aide américaine aux pays étrangers, notamment via l’USAID, l’un des plus importants outils de la diplomatie humanitaire des États-Unis depuis sa création en 1961. Officiellement, la Maison Blanche dénonçait des dépenses « inefficaces » et « sans retour sur investissement pour le contribuable américain ».
Moins de deux mois plus tard, le couperet tombe : 83 % des programmes en cours sont abandonnés, bien avant même l’échéance du moratoire de 90 jours prévu pour réévaluer leur pertinence. Le message est clair : plus question d’assistance sans contrepartie stratégique directe. Le 1er juillet, l’USAID ferme officiellement ses portes, emportant avec elle des décennies d’interventions dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la sécurité alimentaire ou encore de la gouvernance démocratique.
RDC, Éthiopie, Mali : des ruptures brutales et visibles
Les effets du retrait américain sont immédiats et, dans certains cas, dévastateurs. À Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo, les habitants doivent désormais faire la queue pendant des heures pour puiser de l’eau, après l’arrêt brutal d’un programme de distribution d’eau potable. À Bamako, plusieurs centres de santé communautaires, auparavant soutenus par l’USAID, ont réduit leurs services ou fermé leurs portes.
Au Sahel, l’abandon de projets agricoles a relancé les migrations saisonnières et accentué la dépendance à l’aide d’urgence. En Éthiopie, la suspension du soutien aux programmes nutritionnels dans les régions touchées par la sécheresse laisse les ONG locales débordées et sans moyens.
Un désengagement politique assumé
Le retrait de l’USAID ne se limite pas à l’économie de l’aide : il traduit un désengagement politique plus large des États-Unis vis-à-vis de l’Afrique. Le secrétaire d’État Marco Rubio, lors de la fermeture officielle de l’agence, a affirmé que « l’aide humanitaire ne doit pas remplacer la responsabilité des gouvernements locaux ».
Cette vision, fondée sur un nationalisme économique, marque une rupture avec la politique étrangère américaine des décennies précédentes. Elle alimente aussi un certain ressentiment chez les partenaires africains, pour qui cette décision unilatérale constitue une forme de mépris stratégique.
Qui pour combler le vide ?
L’Union européenne tente de réorganiser ses mécanismes d’aide pour absorber une partie du choc, sans parvenir pour l’instant à compenser l’ampleur du retrait américain. La Chine, pour sa part, renforce ses investissements, mais en misant surtout sur les infrastructures stratégiques, et rarement sur les programmes sociaux.
Sur le terrain, ce sont souvent les ONG locales et les réseaux communautaires qui tentent de maintenir les services essentiels. Mais leurs capacités restent limitées face à l’ampleur de la tâche.
Une opportunité pour repenser la solidarité ?
Pour certains dirigeants africains, cette crise pourrait servir d’électrochoc. Des initiatives régionales émergent pour mutualiser les ressources, créer des fonds souverains de développement et mobiliser les diasporas. L’UA envisage également une réforme de ses mécanismes d’assistance humanitaire pour les rendre moins dépendants des bailleurs occidentaux.
Reste que cette transition prendra du temps. En attendant, des millions de personnes vivent les conséquences concrètes d’une décision prise à Washington, dans une logique qui ignore les chaînes de dépendance créées par des décennies de coopération.
La Rédaction

