AFRIQUE CENTRALE — Dans le Nord-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo, des familles déplacées de force regagnent leurs villages, non par choix mais sous pression. À Shasha, une localité durement touchée par les violences, le retour s’apparente moins à une reconstruction qu’à une résignation silencieuse.
En visite cette semaine, le chef des opérations humanitaires des Nations unies a rencontré plusieurs familles récemment revenues à Shasha après la fermeture forcée des camps de déplacés à Goma. Une mesure imposée par les rebelles du M23, qui contrôlent la capitale provinciale depuis janvier dernier.
Dans ces conditions, le “retour” n’a rien de volontaire. « Nous refusions de rentrer ; c’est le M23 qui nous a contraints à le faire », témoigne Maombi Pascaline. « Ils ont dit que la guerre était finie. Mais ils ont aussi déclaré que ceux qui ne rentreraient pas seraient considérés comme des ennemis. Alors nous sommes revenus. »
Or, de nombreuses familles retrouvent leurs habitations détruites, pillées ou inhabitables. D’autres n’ont plus accès aux champs ni aux aides humanitaires dont elles dépendaient dans les camps. Livrés à eux-mêmes, ces anciens déplacés se sentent abandonnés, dans un contexte sécuritaire toujours instable.
La crise dans l’Est de la RDC, l’une des plus anciennes du continent, a déjà forcé plus de 4,6 millions de personnes à fuir leur foyer. À Shasha comme ailleurs, l’absence de garanties sécuritaires et d’un accompagnement effectif des retours pose une question cruciale : peut-on vraiment parler de réintégration quand elle se fait sous la menace ?
La Rédaction

