À quatre mois d’un scrutin décisif, la Côte d’Ivoire entre dans une phase politique de plus en plus tendue. Deux figures majeures de l’opposition, Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam, ont décidé d’unir leurs forces dans un front commun inédit pour contester les conditions de la prochaine présidentielle prévue en octobre 2025.
Une alliance stratégique entre rivaux d’hier
Le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA–CI) de Laurent Gbagbo et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) dirigé par Tidjane Thiam ont conjointement annoncé la mise en place d’une plateforme politique commune. Objectif affiché : exiger la réintégration de leurs leaders respectifs sur la liste des candidats, remettre en question la composition de la Commission électorale indépendante (CEI) et réclamer l’ouverture urgente d’un dialogue national inclusif.
C’est depuis l’étranger que Tidjane Thiam a pris la parole, dénonçant un processus électoral biaisé. « Sans une réforme en profondeur de la CEI et la réhabilitation pleine de tous les candidats, la légitimité même de cette élection sera compromise », a-t-il prévenu.
Gbagbo en première ligne contre un quatrième mandat
Laurent Gbagbo, exclu de la course pour des raisons judiciaires contestées, s’est montré particulièrement virulent à l’encontre du président sortant. Il fustige l’annonce de candidature d’Alassane Ouattara à un quatrième mandat, estimant que cette décision viole l’esprit de la Constitution et met en péril la stabilité démocratique du pays. « Nous ne pouvons accepter une dérive autoritaire. Il faut une réaction citoyenne forte », a-t-il martelé lors de son intervention à Abidjan.
Le pouvoir campe sur sa position
En réponse, le gouvernement a balayé d’un revers de main ces critiques. Il rappelle que la question de l’éligibilité relève exclusivement du pouvoir judiciaire, indépendant selon les autorités. Le porte-parole du gouvernement affirme que « nul n’est au-dessus des lois » et rejette toute accusation d’exclusion politique ciblée.
Vers une montée des tensions ?
Ce rapprochement entre Gbagbo et Thiam, longtemps perçus comme rivaux idéologiques, rebat les cartes d’un paysage politique ivoirien déjà fragmenté. Leur front commun pourrait cristalliser le mécontentement d’une partie de l’électorat et relancer les débats sur la légitimité institutionnelle et la pluralité du processus électoral.
Mais il reste à voir si cette alliance tiendra face aux pressions internes et aux logiques de leadership personnel. Et surtout, si elle parviendra à peser face à une machine présidentielle déjà bien en ordre de marche.
La Rédaction

