Le Cameroun votera le 12 octobre 2025. Et pour la dixième fois, Paul Biya sera candidat. À 92 ans, celui qui gouverne le pays depuis plus de quatre décennies brigue un nouveau mandat. L’annonce, faite sur les réseaux sociaux, a relancé une série de questionnements. Peut-on encore parler d’exercice du pouvoir ? D’ambition politique ? Ou s’agit-il d’une continuité par défaut, au détriment d’un pays en attente de renouveau ?
Un geste politique ou un automatisme du régime ?
L’annonce de cette candidature n’a surpris personne. Mais le fait qu’elle soit faite via un simple message sur X, sans déclaration, sans contact avec la population, en dit long. Peut-on encore y voir un véritable acte politique ? Ou est-ce devenu une formalité répétée, comme un rituel que personne n’ose interrompre ?
Depuis le 20 mai dernier, le président camerounais n’est plus apparu en public. Et sa dernière prise de parole remonte à février. Dans un contexte aussi chargé, cette distance questionne. Gouverne-t-on encore lorsqu’on ne s’adresse plus à ses concitoyens ? Et une campagne présidentielle peut-elle se mener à huis clos, par procuration, sans confrontation ?
Un pays figé dans une attente sans horizon
Le plus inquiétant n’est peut-être pas la longévité du chef de l’État, mais l’immobilisme d’un pays. Car derrière cette candidature, c’est tout un système qui semble à l’arrêt. Le Cameroun ne manque pourtant pas de ressources : pétrole, gaz, minerais, bois, agriculture abondante. Sa position géographique en Afrique centrale le rend stratégique. Et pourtant, malgré ce potentiel, le pays stagne.
Avec un PIB de 51 milliards de dollars en 2024, le Cameroun ne figure même pas dans le top 10 des économies africaines. Son PIB par habitant reste faible, l’un des plus bas parmi les pays à revenu intermédiaire. La croissance tourne autour de 3 à 4 % par an, insuffisante pour absorber une population jeune et en forte augmentation.
Comment expliquer qu’un pays aussi riche, aussi central, soit à ce point relégué dans le classement continental ? N’aurait-il pas dû, logiquement, faire partie des cinq économies les plus développées du continent ?
Corruption, pauvreté, inégalités : les freins d’un modèle épuisé
Les blocages sont connus. La corruption, endémique, gangrène l’administration. Le Cameroun figure parmi les derniers au classement de Transparency International. Les inégalités régionales se creusent. Les régions du Nord et les zones anglophones, en crise depuis plusieurs années, sont parmi les plus marginalisées.
Les infrastructures restent insuffisantes. De nombreuses zones rurales sont mal desservies. L’accès à l’électricité, à l’eau potable et à Internet demeure limité pour une grande partie de la population. Peut-on réellement parler de progrès dans ces conditions ? Et surtout, peut-on continuer à diriger sans entreprendre les ruptures nécessaires ?
Une jeunesse sacrifiée sur l’autel de la stabilité
Le contraste est saisissant. D’un côté, une population jeune – plus de 60 % des Camerounais ont moins de 25 ans – et aspirant à l’ouverture, à l’innovation, à la mobilité. De l’autre, un pouvoir verrouillé, figé depuis 43 ans autour d’un seul homme.
Peut-on continuer à demander à cette jeunesse de croire au changement dans un système qui ne change pas ? La candidature de Paul Biya ne traduit-elle pas, en creux, l’échec d’un pays à imaginer sa relève ? Et combien de temps encore cette équation pourra-t-elle tenir ?
Un mandat de trop ?
Ce n’est pas l’âge qui dérange. C’est le contexte. Un pays fragilisé, une économie enlisée, une jeunesse en désarroi, des conflits non résolus, une gouvernance jugée inefficace. Dans ce décor, la candidature d’un président de 92 ans n’apparaît plus comme un choix politique, mais comme une fuite en avant.
Est-ce bien raisonnable ? La question reste entière. Mais à bien y regarder, ce n’est plus seulement Paul Biya qu’elle concerne. C’est tout un système qu’elle interpelle. Et, peut-être, un peuple à qui l’on demande encore de patienter, sans jamais savoir jusqu’à quand.
La Rédaction

