Kananaskis (Canada), 16 juin 2025 – Le Groupe des sept (G7) a entamé hier son sommet annuel au cœur des Rocheuses canadiennes, dans la station isolée de Kananaskis, sous haute sécurité. Marqué par la guerre en Iran, la crise ukrainienne, les tensions commerciales et les incertitudes politiques américaines, ce sommet s’annonce comme l’un des plus tendus depuis des années.
Une première pour Carney
Le Premier ministre canadien Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque du Canada puis de la Banque d’Angleterre, accueille pour la première fois en tant que chef de gouvernement ses homologues du G7. En choisissant un format sans communiqué final, il entend éviter les affrontements protocolaires qui ont miné les éditions précédentes.
« Ce G7 sera sobre, réaliste, et concentré sur les points d’accord, pas sur les divisions », a-t-il déclaré à l’ouverture. Une stratégie prudente, dictée notamment par le retour de Donald Trump sur la scène internationale.
Le retour disruptif de Trump
Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier dernier, Donald Trump a multiplié les déclarations fracassantes sur l’OTAN, le commerce international, et plus récemment sur le conflit entre Israël et l’Iran. Il est arrivé au Canada en position de force, après avoir renforcé ses alliances avec l’Arabie saoudite et Israël, tout en s’opposant aux Européens sur la ligne diplomatique à suivre face à Téhéran.
Les dirigeants européens – Emmanuel Macron, Olaf Scholz et Giorgia Meloni – comptent justement profiter de ce sommet pour exiger des clarifications. Selon des sources diplomatiques, une réunion spéciale consacrée au Proche-Orient est prévue dimanche matin.
Un sommet sous la menace des conflits
Le sommet s’ouvre dans un contexte d’instabilité mondiale grandissante :
• L’Ukraine continue de faire face à une guerre d’usure, alors que l’aide militaire américaine est désormais conditionnée par le Congrès dominé par les alliés de Trump.
• Le conflit entre Israël et l’Iran, désormais ouvert et direct, inquiète profondément les Européens, qui craignent une extension régionale incontrôlable.
• L’Afrique, invitée via l’Union africaine, veut faire entendre sa voix sur la sécurité alimentaire et le financement de la transition énergétique, deux thèmes relégués au second plan par les urgences sécuritaires.
L’ombre des sujets économiques et technologiques
Malgré les tensions géopolitiques, les membres du G7 tenteront de progresser sur des sujets cruciaux :
• Le contrôle de l’intelligence artificielle, sujet sur lequel le Japon, le Canada et la France veulent une réglementation coordonnée.
• La transition énergétique, minée par la remontée des prix du pétrole liée aux conflits.
• La réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), de plus en plus contestée.
Une diplomatie par fragments
Plutôt que de chercher un consensus global, Carney a choisi une stratégie par thématiques : chaque pays pourra s’associer à des déclarations communes par sujet. Une méthode souple, déjà utilisée dans d’autres forums multilatéraux, qui pourrait éviter une nouvelle crise diplomatique.
Mais ce choix en dit long sur l’état du multilatéralisme. En 2025, le G7 ne parle plus d’une seule voix : il négocie, s’adapte, et parfois esquive.
La Rédaction

