Au printemps 2025, alors que le forum ACE@10 vient de se tenir au Ghana, il est temps de faire le point sur une décennie d’efforts qui ont transformé la formation supérieure et la recherche scientifique en Afrique.
Depuis 2014, les Centres d’Excellence pour l’Enseignement Supérieur en Afrique (ACE) ont formé plus de 90 000 étudiants, développé des innovations concrètes et posé les bases d’une souveraineté scientifique africaine.
Une ambition continentale
Lancé par la Banque mondiale en partenariat avec les gouvernements africains, le programme ACE est né d’un constat clair : pour que l’Afrique maîtrise son avenir, elle doit produire ses propres compétences, ses propres solutions, et ses propres chercheurs. Santé, agriculture, environnement, énergie, numérique : autant de secteurs cruciaux qui ont été ciblés dès le départ.
Depuis sa création, plus de 80 centres ont vu le jour dans plus de 50 universités africaines. Le tout financé par un partenariat structuré autour de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), de l’IDA et d’autres bras financiers de la Banque mondiale.
Une décennie de résultats tangibles
Le succès est indéniable. Au-delà des chiffres – plus de 90 000 étudiants formés, dont une forte proportion de femmes et d’étudiants en master ou doctorat – les ACE ont permis de redonner un sens à l’enseignement supérieur africain. Plusieurs centres sont devenus des références régionales, voire internationales.
À travers des formations adaptées au marché, des liens étroits avec les entreprises locales, et une recherche orientée vers des solutions concrètes, les centres ont amorcé un véritable changement de paradigme. Il ne s’agit plus seulement d’enseigner, mais de résoudre des problèmes locaux avec des réponses locales.
Une coopération régionale inédite
L’un des piliers du programme est la coopération entre États africains. Des étudiants nigérians étudient au Ghana, des chercheurs togolais collaborent avec des laboratoires sénégalais, des solutions développées au Rwanda sont testées au Bénin. Cette mobilité académique sud-sud est l’un des atouts majeurs du programme, qui encourage le partage des savoirs et des expériences.
Le programme ACE Impact, lancé en 2019 comme deuxième phase du projet, est venu renforcer cette dynamique. Aujourd’hui, 53 centres supplémentaires sont actifs, notamment dans les domaines des STEM, de l’environnement et de la gouvernance.
Un forum pour marquer une étape clé
Du 7 au 9 avril 2025, le Ghana a accueilli le forum ACE@10, réunissant près de 500 participants venus célébrer une décennie d’efforts, d’échecs parfois, mais surtout de réussites. L’événement a été marqué par des interventions de haut niveau, dont celles d’Ousmane Diagana et de Mamta Murthi de la Banque mondiale, qui ont souligné le rôle central de ces centres dans le développement à long terme du continent.
Un levier stratégique pour l’avenir
Derrière l’aspect académique, c’est un véritable levier de souveraineté que dessine ce réseau panafricain. L’enjeu est de créer un capital humain capable de penser l’Afrique depuis l’Afrique, de bâtir des institutions solides et de garantir un avenir dans lequel les réponses aux défis africains ne viendront plus systématiquement de l’extérieur.
Si le chemin reste long, le programme ACE prouve qu’une politique volontariste, soutenue par des financements adaptés et une vision régionale, peut transformer profondément un continent.
La Rédaction

